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#1 15-02-2009 21:08:53

Louise Kiffer
@rmenaute
Réputation :   24 

lu dans un numéro de la revue "Esprit"

Quel statut assigner à la géopolitique dans un contexte de fragmentation du système international ? Comment appréhender les nouvelles économies de la violence dès lors que le monopole de la violence légitime n'est plus revendiqué par les seuls Etats ? Quels sont, enfin, les acteurs internationaux majeurs dans le cadre de l' "après guerre froide" ? Autant de questions qui sont au coeur du dossier d'Esprit du mois d'octobre consacré à l'"après guerre froide chaotique".
Un constat s'impose de manière quasiment unanime : celui de la complexification du monde par la fin de l'équilibre de la terreur. Dans son article ("Les années 90 : une rupture morale"), Ariel Colonomos étudie la disparition lors de cette dernière décennie du sentiment d'immobolisme du monde garanti jusque-là par la prééminence des Etats. L'émergence d'acteurs non-étatiques sur la scène mondiale, souvent réduite abusivement à l'apparition du terrorisme de masse, marque surtout une "privatisation des relations internationales" qui ne se laissent plus réguler par le seul droit public. Il y a là l'amorce d'une nouvelle charge pour les Etats : celle de se justifier devant des instances autonomes et dont la légitimité morale apparaît supérieure à celle de l'ONU.
Mais l'après-guerre froide pose aussi bien le problème des outils épistémologiques susceptibles de rendre compte au mieux de la nouvelle situation du monde. Percy Kemp (dans l'entretien qu'il accorde à la revue ce mois-ci) aussi bien que Pierre Hassner dans le texte que nous reproduisons ici-même (Esprit, décembre 1998) s'interrogent sur les nouveaux partages imposés par la disparition de la logique des deux blocs et sur la "défaillance des paradigmes" face à une situation inédite. Percy Kemp propose une nouvelle dichotomie, celle de l'intérieur et de l'extérieur, pour désigner deux usages distincts et antagonistes de la violence légitime. D'une part, une logique libérale où la rivalité prime sur l'inimitié et, d'autre part, un "extérieur" qui laisse une place prééminente aux affects et à la haine de l'ennemi.
Ces deux modèles ne sauraient caractériser des zones géographiques (par exemple le Nord et le Sud) et Kemp insiste sur leur porosité. C'est en un sens ce que Pierre Hassner désignait dès 1998 comme la "dialectique du bourgeois et du barbare" au cours de laquelle chaque adversaire se croit contraint d'employer les armes de l'ennemi. A partir du moment où les violences ne reçoivent plus de relais politique et ne sont plus l'attribut exclusif des Etats, elles tendent à se "démocratiser" en même temps qu'elles s'exonèrent de tout statut légal. Disparaît alors la figure classique du soldat et ce sont les civils qui sont en première ligne (aussi bien dans les attentats terroristes que dans les guerres civiles qui constituent aujourd'hui l'essentiel des conflits mondiaux). La guerre américaine contre l'Irak pourrait donner l'illusion d'un retour à une logique étatique : ce serait oublier qu'elle découle d'une manière ou d'une autre des événements du 11 septembre et qu'elle n'a pour l'heure produit d'autre résultat que celui d'une relance du terrorisme.

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