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#1 29-12-2016 21:17:11

Louise
Membre certifié
Réputation :   55 

Pendant l'exode (aksor)

Le miracle

Dans l?immense et silencieux désert d?Havran se trouvent de minuscules oasis. L?une d?elles s?est formée autour des marais de Raruet-ul-Rarbi. C?est un village d?une vingtaine de huttes dont la population est entièrement arabe, à l?exception d?une famille de réfugiés arméniens.

Je me souviens d?une nuit où je regardais passer les nuages. La lune, de temps en temps, laissait voir sa face. Les fellahs dormaient profondément.

Nous cinq étions logés dans une chaumière au bout du village. Nous n?avions plus que la peau et les os. Et nos habits étaient usés jusqu?à la corde.

Ma mère tenait dans ses bras desséchés ma petite s?ur qui avait déjà un an. Mon pauvre petit frère s?était blotti derrière elle. Mon père et moi, allongés contre le mur, étions perdus dans nos pensées.
Mon père, cette nuit, était anxieux. Il avait fini de vendre tout ce qu?il possédait et se demandait comment sa famille allait affronter la faim. Le morceau de pain que nous avions eu ce soir était le dernier.

La chaleur suffocante de la nuit faisait perler de fines gouttes de sueur sur nos corps desséchés. La moiteur de notre peau attirait les parasites que nous écrasions entre nos pouces. Nous essayions en vain de dormir. La lune pâlissait.

Ma mère, d?une voix lasse, soupire : « Vivement qu?il fasse jour ! ? » « Non, maman, dit mon petit frère, qu?il ne fasse pas jour, s?il fait jour qu?est-ce qu?on va manger ? » Ces mots émeuvent ma mère et ses pleurs brisent le silence de notre pièce.

Mon père, plongé dans ses pensées, se tourne d?un côté, puis de l?autre. Désespéré de ne trouver aucune solution à notre problème, il fait semblant de dormir.

Puis le jour se lève. Fixant le mur d?en face, j?évoque notre vie passée?
La nature aussi semble partager notre tristesse, le ciel est couvert de nuages.

Soudain, on entend frapper doucement ; toutes les têtes se tournent vers la porte, même la petite s?ur se réveille. Qui ça peut bien être, de si bonne heure ?
La porte s?ouvre tout-à-coup et ô stupeur, nous voyons une fellahine, pieds nus, portant sous le bras une pile de youkhas dans un torchon. Nous la regardons fascinés.

Mon père se lève le premier. La vieille dame lui tend son paquet en disant : « khdo ! » (prends !) avec un sourire. Mon père, frottant son pouce à son index, répond : « mafish » (pas d?argent). La petite vieille, d?un air apitoyé, dit : « khalli » (ça ne fait rien) Les yeux de mon père, enfoncés dans leurs orbites, se mettent à rire. Notre étonnement est immense. Mon père fouille dans la poche de sa vieille veste, il en sort un carnet dont il détache une page ; il écrit deux lignes, signe et lui remet le billet ; mais elle prend le papier et le déchire en petits morceaux, puis elle s?en va.

Nous sommes stupéfaits de voir cette femme nous donner tant de pain sans rien en échange.
Mon père pousse un grand soupir et nous dit : « Jusqu?à ce jour je ne croyais pas aux miracles, mais cette fois j?y crois, c?est un miracle? »
Ma mère, regardant la vapeur qui s?élève du pain, ajoute : « mon cher, c?est Dieu qui nous a envoyé cette femme », puis elle répète : « c?est un miracle, un miracle !? »

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