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#1 19-10-2018 17:53:37

Pascal Nicolaides
@rmenaute

Al Andalus, l'invention d'un mythe

https://www.polemia.com/al-andalus-linv … in-fanjul/


anjul
15 DÉCEMBRE 2017 | POLÉMIA

https://www.polemia.com/wp-content/themes/polemia_v4/cache/al-andalus-588x330.jpg

Par Camille Galic, journaliste, essayiste ♦ Certes, le livre* est énorme, d’apparence austère, parfois touffu et alourdi d’un considérable appareil de notes mais son auteur, historien, islamologue et arabisant, membre de l’Académie royale, est l’un des universitaires les plus titrés et les plus respectés d’Espagne. Comment expliquer, sinon par l’inféodation de notre pays à la pensée unique, que son étude définitive, parue en 2000 à Madrid, ait dû attendre dix-sept ans pour être publiée en France, non par une grosse maison mais par un « petit » éditeur ? Pourtant, ce livre n’était pas inconnu puisque notre ami Arnaud Imatz, qui préface – excellemment – l’édition française, avait signé un long entretien avec Serafin Fanjul dans la Nouvelle Revue d’histoire alors dirigée par Dominique Venner, entretien dont l’intégralité parut dans Polémia le 8 septembre 2012.
Al-Andalus, justification du « vivre-ensemble »
Mais voilà, pour justifier le dogme actuel du « vivre-ensemble » avec des occupants arrivés, non pas le cimeterre, mais la valise à la main, il faut absolument préserver le mythe d’un idyllique Al-Andalus polyethnique et multireligieux, exalté dans maints colloques universitaires. Or, la « réalité historique de l’Espagne des trois cultures » – chrétienne, juive et musulmane – que, documents d’époque à l’appui et fort de lustres de travaux approfondis sur la question, présente Serafin Fanjul, est fort éloignée de cet Eden du métissage racial et culturel.

D’une part, les chrétiens qui refusaient la conversion à l’islam n’étaient pas traités sur un pied d’égalité par les envahisseurs musulmans mais, au mieux, pressurés d’impôts et accablés de brimades, au pis, persécutés et massacrés.

D’autre part, ceux des envahisseurs qui se laissaient finalement tenter par les cultures indigènes et donc hispaniser étaient systématiquement supplantés, détrônés et eux aussi massacrés, par des tribus plus rigoristes franchissant le détroit du Djebel Tarek (Gibraltar) pour mettre un terme à cette dégénérescence dans les délices de Capoue qu’étaient la musique ou la poésie profane. Ainsi finirent les derniers des Almoravides, vaincus par les Almohades fanatiques… eux-mêmes renversés ensuite par les Mérinides.

Qu’ont apporté les « Arabes » ?
Enfin, si les « Arabes » (en fait, pour l’essentiel, des Berbères arabisés) laissèrent en effet des trésors dans le sud de l’Espagne, ces mosquées et palais somptueux, pour la plupart édifiés par des Espagnols ou des esclaves européens razziés, virent le jour dans des zones bénéficiant d’une solide tradition architecturale romaine puis wisigothique – constante que l’on retrouve d’ailleurs dans toute l’aire d’expansion mahométane où l’ « art islamique » tant célébré a prospéré sur le terreau grec, égyptien, perse ou byzantin. Le fameux Sinan, architecte au XVIe siècle des plus fameuses mosquées de Turquie, n’était-il pas un Gréco-Arménien de Cappadoce, enlevé à sa famille par le système du « devşirme » – enrôlement forcé de jeunes garçons chrétiens, convertis à l’islam et versés dans l’armée – et s’étant illustré comme ingénieur militaire avant que Soliman le Magnifique, étonné par ses dons, ne l’envoie, si l’on en croit André Clot, biographe du sultan (éd. Fayard, 1992), étudier l’architecture à Vienne ? Et il en va de même pour l’art d’Hippocrate, Serafin Fanjul montrant que la célèbre école médicale d’Al-Andalus devait moins aux marabouts du Haut-Atlas qu’au Grec Galien, que le Moyen Age ne connaissait pas seulement par les traductions arabes.

Car, avant Sylvain Gougenheim, qui scandalisa la bien-pensance avec son Aristote au Mont Saint-Michel/Les racines grecques de l’Europe chrétienne (Le Seuil, 2008) et Guy Rachet auteur de Les Racines de notre Europe sont-elles chrétiennes et musulmanes ? (Ed. Jean Picollec, 2011), Serafin Fanjul faisait déjà litière des théories complaisantes sur le rôle primordial qu’auraient joué les Arabes dans la transmission de la littérature et de la pensée scientifique de la Grèce classique. Rôle tenu en réalité par les monastères.

Un nouveau mythe : la liberté des chrétiens d’Orient
C’est dire combien la lecture de son livre est nécessaire à l’heure où l’on est prié de s’émerveiller devant l’exposition « Les Chrétiens d’Orient » organisée à l’Institut du Monde arabe que préside l’ancien ministre socialiste Jack Lang, grand passeur de « mythes » devant l’Eternel. Car en exposant des chefs d’œuvre – en effet remarquables, et qui méritent la visite – de l’art chrétien en terre d’islam, l’IMA nous refait le coup d’Al-Andalus : voyez comment, au Proche et au Moyen-Orient, les Evangiles cohabitaient harmonieusement avec le Coran sous l’œil bienveillant de leurs suzerains musulmans ! Voyez combien les artistes chrétiens, y compris les moines, étaient libres, et comment ils pouvaient en toute impunité glorifier Jésus et la Vierge ! Il leur suffisait d’accepter leur statut de Dhimmi : un sytème qui, contrairement à ce que croient les esprits vulgaires, est, nous explique-t-on, protecteur et non pas coercitif et ségrégationniste.

Exposition ou bourrage de crânes préparatoire au Grand Remplacement ? Contre cette lobotomisation rampante, il est un antidote : Al-Andalus, l’invention d’un mythe – un mythe qui, pour notre plus grande honte, dut beaucoup, assure le professeur Fanjul, à Théophile Gautier, Prosper Mérimée et autres littérateurs français du XIXe siècle. Aveugles à la beauté austère mais sans doute trop « européenne » de Ségovie ou de Burgos mais fous d’exotisme, ils se pâmaient devant la Giralda ou l’Alhambra et tiraient de cette luxuriance une considération exagérée pour la conquête arabe, et donc un rejet tout aussi outrancier de la Reconquista par les Rois très catholiques. Décidément, rien de nouveau sous le soleil !

Camille Galic
10/12/2017

Note :

*Serafin Fanjul, Al-Andalus, l’invention d’un mythe, L’Artilleur éditeur novembre 2017, traduction de Nicolas Klein avec la collaboration de Laura Martinez, 700 pages plus index.

Correspondance Polémia – 12/12/2017

Illustration : Le califat de Cordoue au temps d’Abd-al-Rahman III (Xème siècle). Abd al-Rahman III reçoit des ambassadeurs, tableau du peintre Dionisio Baixeras Verdaguer (1885). Source : Wikimedia (cc)

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#2 19-10-2018 18:43:13

samtilbian
@rmenaute
Réputation :   81 

Re: Al Andalus, l'invention d'un mythe

en effet mon cher
les mythes ont la vie dure

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#3 20-10-2018 12:25:54

Adic2010
@rmenaute

Re: Al Andalus, l'invention d'un mythe

samtilbian a écrit:

en effet mon cher
les mythes ont la vie dure

Par contre Sam, il n'y a pas de mythe pour l'islamophobie qui navigue dans les eaux troubles de l'extrême-droite... comme pour la judéophobie naguère ou aujourd'hui.

https://ep00.epimg.net/diario/imagenes/2001/05/02/andalucia/988755727_740215_0000000000_noticia_normal.jpg . https://upload.wikimedia.org/wikipedia/fr/d/de/Logo_la_nouvelle_revue_d_histoire_-_nrh.png - Sérafìn FRANJUL qui a publié un article en français dans la revue d'extrême-droite LA NOUVELLE REVUE D'HISTOIRE en septembre-octobre 2012.

https://i2.wp.com/blog.rc.free.fr/blog_invites/camille%20marie%20galic.jpg?w=150 . L'auteur de l'article signalé par Pascal est Camille GALIC qui a travaillé dans les journaux d'extrême-droite de RIVAROL et au ÉCRITS DE PARIS // Voir les jpg du journal Rivarol : c'est du gratiné.

- WIKIDATA SUR POLEMIA fondée par Jean-Yves LE GALLOUyikes

https://www.polemia.com/wp-content/uploads/2012/03/polemia-polemia-logo.jpg
#60

Dernière modification par Adic2010 (20-10-2018 12:53:19)


http://www.globalarmenianheritage-adic.fr/flags/turquie.JPG RUBRIQUE #85 . ANKARA~DIYANET~COJEP~PEJ ottomanisant-kémalisant L'ISLAM DE FRANCE ??

PENSONS À L'INFORMATION ARMÉNO-HISTORICO-CULTURELLE FRANCO-CITOYENNE FACE AUX RÉSEAUX TURCO-NÉGATIONNISTES EN FRANCE.

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#4 20-10-2018 14:05:00

Pascal Nicolaides
@rmenaute

Re: Al Andalus, l'invention d'un mythe

Ben voyons ! Difficile de contester que S Franjul soit un universitaire de haut niveau véritable islamologue, LUI !- Professeur d'Arabe; mais comme d'habitude ADIC 2010 est au-dessus de tout cela...Il sait mieux que les universitaires, le "chercheur auto-proclamé" !!!

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Seraf%C3%ADn_Fanjul

Serafín Fanjul
Arabisant

Serafín Fanjul est un universitaire, islamologue et arabisant espagnol, spécialiste de la philologie sémitique.

Professeur à l'Université autonome de Madrid,

il fut également directeur du Centre culturel hispanique du Caire et membre de l'Académie royale d'histoire. Wikipédia

Date et lieu de naissance : 4 septembre 1945 (Âge: 73 ans), Madrid, Espagne

Livres : Al-Andalus contra España: la forja del mito,

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/6/60/Seraf%C3%ADn_Fanjul_2015_%28cropped%29.jpg/260px-Seraf%C3%ADn_Fanjul_2015_%28cropped%29.jpg

Lisez ceci également

http://andalousie-culture-histoire.com/ … -711-1492/

Dernière modification par Pascal Nicolaides (20-10-2018 14:13:47)

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#5 20-10-2018 16:54:06

samtilbian
@rmenaute
Réputation :   81 

Re: Al Andalus, l'invention d'un mythe

ainsi ,dénoncer un mythe bien enraciné serait d'extrême droite
voilà une bien curieuse façon de rejeter une étude historique sur le sujet

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#6 21-10-2018 16:31:11

Adic2010
@rmenaute

Re: Al Andalus, l'invention d'un mythe

samtilbian a écrit:

ainsi ,dénoncer un mythe bien enraciné serait d'extrême droite
voilà une bien curieuse façon de rejeter une étude historique sur le sujet

http://www.fdesouche.com/wp-content/uploads/2017/10/slider_alandalus.jpg . Sam, on peut qd même pointer l'exploitation politico-islamophobique (en extrême-droite) d'une telle étude historique -qui disserte d'un mythe bien enraciné

Il sera surtout intéressant de savoir comment le livre de Serafin FANJUL a été reçu par les professionnels en historiographie et chercheurs à la Sorbonne, à Leiden, Berlin, à Oxford & Cambridge, à Chicago, à Rome, etc, etc.
#145

Dernière modification par Adic2010 (21-10-2018 16:33:41)


http://www.globalarmenianheritage-adic.fr/flags/turquie.JPG RUBRIQUE #85 . ANKARA~DIYANET~COJEP~PEJ ottomanisant-kémalisant L'ISLAM DE FRANCE ??

PENSONS À L'INFORMATION ARMÉNO-HISTORICO-CULTURELLE FRANCO-CITOYENNE FACE AUX RÉSEAUX TURCO-NÉGATIONNISTES EN FRANCE.

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#7 21-10-2018 20:56:08

Pascal Nicolaides
@rmenaute

Re: Al Andalus, l'invention d'un mythe

Al-Andalus, l’Andalousie musulmane dans sa réalité

http://www.lemessieetsonprophete.com/an … ession.htm

— juifs et chrétiens, et statut de « dhimmi » —

De : Clémence Hélou Matar, Comprendre l’Islam et construire une humanité fraternelle et spécifique, Paris, Cariscript, 2010

p. 246-250

Être « protégé » des musulmans

Le poids de la « protection » s’alourdissait très vite. En 822, au début du règne d’Abd ar-Rahman, l’émir de Cordoue, les recettes annuelles prélevées sur la population dhimmi s’élevaient à six cent mille dinars et trente ans plus tard elles atteignaient cinq millions et demi de dinars. 418

Lorsqu’une résistance populaire apparaissait ou menaçait d’apparaître, le pouvoir musulman organisait à volonté et en toute bonne conscience – puisque obéissant à des ordres divins – des massacres, des transferts et des déportations, de population. Toute tentative de rébellion était donc étouffée dès lors que le tissu social était déchiré. 419

Les autorités religieuses, évêques, prêtres ou rabbins, absorbés par leurs problèmes paroissiaux et leurs disputes doctrinales et théologiques n’encourageaient pas leurs ouailles à la révolte. Ils prélevaient la jizia pour le pouvoir musulman et s’efforçaient de maintenir la paix surtout que les autorités musulmanes les rendaient responsables de tout problème et les punissaient en conséquence.

Toute tentative du dhimmi d’échapper à son « humiliations » autrement que par la conversion à l’islam, ou toute manifestation d’esprit critique ou d’indépendance, entraînait la perte de « protection » et en fait l’obligation pour le musulman de le combattre et le tuer sous peine de fâcher Allah.

Du fait du désarmement de la population, toute tentative de révolte était vouée à l’échec et se terminait par d’impitoyables tueries et des prises d’esclaves.

En 805, pour mettre fin à des troubles à Cordoue, le gouvernement fit exécuter 72 personnes et fit clouer leurs cadavres sur des croix le long du chemin longeant le Guadalquivir. Vers 807, à Tolède pour mettre un terme à l’opposition des notables, mouladis, de la ville, l’émir les invita tous à une réception et les fit exécuter. 420

Les aspects d'une humiliation permanente

L’humiliation des dhimmis a pris les formes les plus diverses. Cloches, schofars, bannières, croix, tout signe visible ou audible de leur foi leur était proscrit avec une obligation de discrétion dans la pratique de leur culte et l’enterrement de leurs morts. Leur infériorisation se manifestait également entre autres par des vêtements distinctifs et l’interdiction d’avoir des maisons plus hautes que celles des musulmans. 421

La monte à cheval (animal noble) était également interdite aux « protégés » qui devaient céder le passage lorsqu’ils croisaient à pied un musulman ou s’ils étaient à dos d’âne descendre de leur monture.

Au XVIIIème siècle, le roi Frédéric V du Danemark (1723-1766) envoya une expédition dirigée par le Danois Carsten Niebuhr étudier l’Arabie. C. Niebuhr a raconté qu’en 1761, au cours du séjour de son équipe au Caire, un médecin français y fut mutilé pour n’être pas descendu assez vite de son âne en croisant un seigneur musulman. Le simple passage de non musulmans (impurs) à proximité des mosquées, de certaines maisons, ou de certains quartiers était considéré une profanation. 422

Lorsqu’il venait payer ses impôts, le dhimmi devait se tenir debout à l’endroit le plus bas, se présenter tête basse, être traité avec dédain. Il fallait lui faire sentir que c’était lui faire une grâce que d’accepter de lui la jizia, l’humiliation pouvant être complétée par des soufflets ou des coups de bâton. 423

L’uléma Muhammad al-Majlissi (mort en 1699) a conseillé de maintenir les dhimmis dans la peur et le doute en ne leur permettant pas de connaître le montant de la jizia, de sorte que, le jour du paiement, ils se présentent avec tout leur argent et comptent jusqu’à ce qu’il leur soit dit de s’arrêter. 424

En Espagne au XIIè siècle, les obligations d’un inspecteur musulman de l’ordre public consistaient entre autres, à veiller à la parfaite ségrégation des sexes, à l’assiduité à la mosquée et surtout à ce que les juifs portent bien un signe qui permette de les identifier. L’inspecteur devait également s’assurer que les musulmans ne souhaitent pas la paix aux juifs et aux chrétiens qui, étant le parti du diable, devaient être haïs et isolés. 425

La précarité de la situation des non musulmans, même lorsque leurs services leur permettaient d’atteindre une situation relativement élevée, est illustrée par les massacres en Espagne de près de cinq mille juifs à la suite de la perte de faveur et du meurtre en 1066 de Joseph fils de Samuel ibn Naghrela connu en hébreu comme Samuel ha-Naguid (993 – 1056).

Joseph ibn Naghrela avait repris la charge de vizir assumée par son père au service de la famille Zirid qui dirigeait Grenade. Il suscita des jalousies, et le poète Abû Ishâq de Elvira (mort en 1067) avait alors composé des poèmes appelant les musulmans à ramener les juifs à l’était d’infamie qu’ils méritaient et où ils se trouvaient dans les autres pays musulmans ? Le poète rappela à ses coreligionnaires qu’Allah dans le Coran avait prévenu les musulmans contre la fréquentation des mauvais. Il les appela à sacrifier le chef des juifs (Joseph ibn Naghrela) comme une offrande à Allah et à ne pas non plus épargner son peuple. Ce qu’une foule excitée s’empressa de faire. 426

Dans les pays sous domination musulmane, les indigènes devenus musulmans, qui retournaient à leur foi d’origine furent toujours exécutés. Ainsi, la fille d’Ibn Hafsoun, descendant du dernier comte de la principauté autonome de Rhonda en Espagne, qui était revenue au christianisme et était entrée dans un couvent à Cordoue, fut extirpée de son couvent, condamnée pour apostasie et égorgée en 937. 427

L'oppression au 13e siècle

Aux XIIème et XIIème siècles, les fondamentalistes Almoravides (de al mourabitoun, c’est-à-dire ceux qui gardent les frontières des territoires musulmans), puis les Almohades (de al mouahiddoun ou ceux qui oeuvrent au service de l’unicité d’Allah), venus d’Afrique du Nord soutenir le pouvoir musulman en Espagne, contraignirent de nombreux juifs et chrétiens à se convertir.

Les inquisiteurs musulmans chargés de contrôler la sincérité des nouveaux convertis retiraient les enfants de leurs familles et les confiaient à des familles musulmanes. Pour leur échapper, le grand savant juif Maimonide feignit la conversion à l’islam, puis se réfugia en Egypte. En 1148, les juifs furent renvoyés d’Espagne par les musulmans dans des conditions que l’on retrouvera lors des expulsions organisées par le pouvoir royal espagnol en 1492. 428

Le dhimmi n’avait aucune valeur juridique face à un musulman contre lequel sa parole au tribunal était irrecevable en cas de conflit. 429

L’accusation de blasphème contre l’islam était (est toujours) en terre d’islam le moyen le plus simple de faire condamner à mort quelqu’un. Sous une apparence de noble défense du sacré, c’est également le moyen le plus sournois de museler et détruire la liberté et la vérité. Des voyageurs européens o nt signalé au XVIIIème siècle qu’en pays musulmans, leur parole n’ayant aucune valeur, ils avaient été contraints de payer des sommes importantes à des commerçants qui les accusaient d’avoir insulté l’islam. 430

L’humiliation des non musulmans et la multiplication des agressions à leur encontre à tout instant de la vie quotidienne étaient facilitées par les vêtements distinctifs qu’ils devaient porter, permettant de les reconnaître au premier abord.

Les vêtements distinctifs des dhimmis servaient également à les contrôler financièrement. Ils pouvaient être arrêtés dans les rues et devaient toujours pouvoir produire la preuve qu’ils avaient payé leur jizia. Au Yémen, les juifs furent contraints de porter des vêtements particuliers jusqu’à leur départ pour Israël en 1948. 431

L’exploitation des dhimmis fut un souci constant des autorités musulmanes au cours des siècles. On la retrouve en 1576 dans la correspondance du sultan Mehmed III demandant au gouverneur de la ville de Safed d’envoyer des familles juives à Chypre pour l’enrichir. La réponse du gouverneur qui souhaitait garder ses familles juives, car le trésor de Damas souffrirait de grandes pertes si elles partaient, est éloquente.432 Les autorités musulmanes devaient parfois intervenir pour protéger les dhimmis de violences spontanées, ne serait-ce qu’à cause des multiples avantages tirés de leur exploitation.

Après l’invasion de Constantinople et la fuite ou le massacre de la population, le sultan Mahomet II contraignit des chrétiens et des juifs à venir s’y installer pour revivifier la ville.

Dans l’Espagne sous dominations musulmane, pour pallier au manque à gagner résultant des conversions d’indigènes, les autorités musulmanes avaient décidé de continuer à faire payer le Kharaj aux convertis distinguant les musulmans de la première heure ainsi que leurs descendants de ligne masculine des convertis plus récents, les « moualladuns ». 433

Ségrégation et haine sociale

La ségrégation et la haine entretenues entre musulmans, non musulmans et nouveaux musulmans, Arabes et non Arabes dans la population en Espagne y ont souvent entraîné des éruptions de violence spontanée. En 891, lorsque le corps arabe originaire du Yémen qui constituait la garnison de Séville se souleva, les soldats déchaînés massacrèrent aussi bien les dhimmis que les convertis moualladuns dont les vieux musulmans doutaient de la sincérité. Un poète arabe du IXème siècle célébra ces massacres se félicitant de la mise à mort des nouveaux musulmans, esclaves et fils d’esclaves. 434

p. 251

L’histoire prouve donc qu’il est vital de refuser d’entrer dans le jeu des islamistes qui tentent actuellement d’imposer partout une ségrégations entre les musulmans et les non-musulmans et de remettre en question les traditions et la culture de leur pays d’accueil.

_________________________________________________

Page d’accueil

418 DUFOURCQ Charles-Emmanuel, La vie quotidienne dans l’Europe Médiévale sous domination Arabe, p. 214, Hachette, Paris, 1978.

419 Bat YE’OR, Les Chrétientés d’Orient entre Jihâd et dhimmitude, VIIè-XXè siècle, p. 43, Editions du Cerf, collection « L'histoire à vif », Paris, 1991

420 DUFOURCQ Charles-Emmanuel, La vie quotidienne dans l’Europe Médiévale sous domination Arabe, p. 217, Hachette, Paris, 1978.

421 FATTAL Antoine, Le Statut légal des non musulmans en Pays d’Islam, p. 203, Imprimerie Catholique, Beyrouth, 1958.

422 Carsten NIEBUHR, Voyage de M. Niebuhr en Arabie et en autres pays de l'Orient, Avec l'extrait de sa description de l'Arabie & des observations de Mr Forskal, pp. 80-81, Chez les Libraires Associés, Berne, 1780.

423 Bat YE’OR, Juifs et chrétiens sous l’islam face au danger intégriste, p. 63, Berg International Editeur, Paris, 2005,

424 BOSTOM Andrew G., The Legacy of Jihad : Islamic Holy war and the fate of Non-Muslims, p. 219, Prometheus Books, Amherst, NY, 2005.

425 CONSTABLE Olivia Remie , Medieval Iberia : Readings from Christian, Muslem, and Jewish Sources, p. 179, University of Pennsylvania Press, Philadelphia, 1997.

426 Ibid., p. 91 - 98

427 DUFOURCQ Charles-Emmanuel , La vie quotidienne dans l’Europe Médiévale sous domination Arabe, p. 234, Hachette, Paris, 1978.

428 STARK Rodney, One true God : Historical Conqequences of Monotheism, p. 80, Princeton University Press, Princeton, 2001.

429 HIITI Philipp K. , History of the Arabs, p. 235, The Macmillan Press Ltd, London, Tenth Edition, 1970.

430 NIEBUHR Carsten, Voyage de M. Niebuhr en Arabie et en autres pays de l'Orient, Avec l'extrait de sa description de l'Arabie & des observations de Mr Forskal, pp. 427 – 428, Chez les Libraires Associés, Berne, 1780.

431 Bat YE’OR, Juifs et chrétiens sous l’islam face au danger intégriste, p. 90, Berg International Editeur, Paris, 2005,

432 LEWIS Bernard Cultures in conflict : Christians, Muslims, and Jews in the Age of Discovey, p. 43, Oxford University Press, New York, 1995.

433 DUFOURCQ Charles-Emmanuel, La vie quotidienne dans l’Europe Médiévale sous domination Arabe, p. 202, Hachette, Paris, 1978.

434 Ibid, pp. 209 - 211

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#8 21-10-2018 21:20:54

Sinan Bey
@rmenaute
Réputation :   55 

Re: Al Andalus, l'invention d'un mythe

repetita bis :

Il y avait un proverbe chez nous qui disait:

" Sévinn sabon'n intch ané
Khévinn khrad'n intch ané "

traduction approximative:

Autant de laver le tissu noir par le savon, il restera toujours noir -
autant d'expliquer la vérité à un insensé, il n'acceptera jamais.

Pauvre Herr Professor : un travail de Sisyphe, le vôtre -
j'admire votre patience et votre passion ...

(c'est vrai, c'était votre boulot, d'expliquer et de ré-expliquer aux cancres ...)

ps:
Attendez la réplique, en plusieurs threads ...


«Սահման քաջաց՝ զէնն իւրեանց, որքան հատանէ՝ այնքան ունի» - Տիգրան Մեծ

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#9 22-10-2018 09:43:00

MARZEVAN
@rmenaute
Réputation :   36 

Re: Al Andalus, l'invention d'un mythe

Khév peut signifier aussi un peu fou, débile. Par exemple:  ass inch khév mart è !

Ça fait longtemps que je n'avais pas revu ce mot khév qui était aussi utilisé par les Arméniens de Marzevan.

Sinan Bey avez vous des ascendants de Marzevan ou alors ce mot serait répandu et qui ensuite serait tombé en désuétude ?

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#10 22-10-2018 14:18:28

Sinan Bey
@rmenaute
Réputation :   55 

Re: Al Andalus, l'invention d'un mythe

Khèv n'est pas débile, c'est un peu fou mais pas débile.
Il est même presque 'génial', quelqu'un qui a des idées qui dérangent et il y tient !
Cf. 'Khève Avo' dans un des romans très populaires de Raffi : le type exemplaire ou précurseur des fédayins.

Non, je ne suis pas Pontique (de Marzevan), mais de la capitale de l'Empire Arménien : Antioche.


«Սահման քաջաց՝ զէնն իւրեանց, որքան հատանէ՝ այնքան ունի» - Տիգրան Մեծ

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#11 22-10-2018 15:31:44

MARZEVAN
@rmenaute
Réputation :   36 

Re: Al Andalus, l'invention d'un mythe

Merci pour les précisions Sinan Bey

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#12 22-10-2018 19:17:13

Pascal Nicolaides
@rmenaute

Re: Al Andalus, l'invention d'un mythe

http://www.terrepromise.fr/2018/07/19/l … medievale/

http://www.terrepromise.fr/wp-content/uploads/2018/07/al-andalus-concivencia-1021x580.jpg


HISTOIREDIASPORA JUIVE
Le mythe de la convivencia : Chrétiens, juifs et musulmans dans l’Espagne médiévale
19 juillet 2018 553


La convivencia espagnole, image d’une société ouverte où auraient vécu en harmonie chrétiens, juifs et musulmans, figure en bonne place parmi les mythes historiographiques les plus tenaces.
Nous tenterons ici de rappeler les différentes étapes de son élaboration intellectuelle et de son succès rapide et durable. Nous verrons également qu’un mythe ne vient jamais seul et que de nombreux autres termes et concepts tout aussi contestables sont venus se greffer à celui de convivencia au cours des années, rendant toujours plus délicat le débat historique sur la société ibérique médiévale et ses trois composantes ­religieuses.


gran_tres-culturas2

Parmi les nombreuses visions idéalisées de la coexistence interreligieuse à travers l’histoire, la convivencia, qui désigne les relations supposément harmonieuses entre chrétiens, juifs et musulmans en péninsule Ibérique à l’époque médiévale, occupe une place importante voire fondatrice.

Il ne sera pas question ici de soumettre cette vision irénique à l’épreuve des faits historiques mais de voir comment le terme de convivencia a été conceptualisé, puis comment il s’est affirmé dans le champ historiographique et au-delà, à travers ses multiples usages et mésusages sociaux et politiques.

Il nous a paru pertinent à plusieurs égards de l’analyser comme un mythe.

Tout d’abord, la prégnance du terme dans l’historiographie ibérique est telle qu’on a pu évoquer sa « présence fantomatique »1, celle d’un spectre qui hanterait toute étude des sociétés hispaniques médiévales.

En outre, la persistance du concept malgré les nombreuses révisions critiques tendant à le déconstruire, montre qu’il résiste obstinément aux approches les plus argumentées2.

Enfin, le fait même que le terme espagnol se soit imposé internationalement sans être traduit doit nous alerter : la force de sa sonorité méditerranéenne l’ancre pour ainsi dire dans la terre castillane ; il n’apparaît plus comme un fait uniquement culturel mais principalement naturel et la société médiévale ibérique (surtout sous domination musulmane) est dès lors présentée comme une terre par essence tolérante, terre de symbiose, de pluralisme religieux.

En ce sens, ainsi que l’avançait Roland Barthes, la convivencia est, comme tout mythe, un voile idéologique.

Et c’est précisément sur cette dimension que nous voudrions ici insister, en tentant d’esquisser l’histoire de cette mystification3.

La convivencia, naissance d’un mythe?
Si l’on en croit le chœur quasiment unanime des historiens, la convivencia, en tant que terme et concept, aurait été inventée par le philologue espagnol Américo Castro, dans son ouvrage fondamental paru en 1948, España en su Historia, Cristianos, moros y judíos 4.

Ainsi, entre autres nombreux exemples, Brian Catlos dans un récent article affirmait que « l’idée de convivencia [a été] proposée par Américo Castro »5, donnant ainsi naissance au mythe dont nous discutons ici. À bien des égards pourtant, il s’agit là d’une erreur trop souvent répétée.

Un faux départ
Tout d’abord, soulignons que le terme de convivencia en espagnol ne fait que désigner la coexistence entre groupes ou individus : il n’a pas de connotation en soi positive et n’est en rien spécifique aux relations interconfessionnelles.

Le philologue et historien Ramón Menéndez Pidal, maître de Castro, a utilisé le terme pour désigner la coexistence de variantes de certains mots dans le castillan médiéval6. Castro ne l’a donc pas inventé, mais l’a repris et a participé à lui donner un plus large écho7.

De plus, l’idée centrale de Castro, malgré ce que suggère le sous-titre de son ouvrage, n’est pas tant de parler de chrétiens, de juifs et de musulmans que d’écrire une « biographie de l’Espagne »8.

Ainsi, dans un élan lyrique, il dit être à la recherche de l’« âme espagnole qui s’étirait comme une bissectrice entre la terre divinisée et le ciel humanisé » et ajoute plus loin que « l’Espagne fut une foi, une croyance, nourrie de vie et de mort, du ciel et de la terre »9.

Ces deux citations édifiantes sont à l’image d’un livre tout empreint d’un patriotisme romantique. Et c’est bien là le véritable objet de Castro : celui de l’identité espagnole, ­l’hispanidad. Les relations entre chrétiens, juifs et musulmans ne constituent en ce sens qu’une passerelle, qu’un prétexte pour pouvoir disserter de l’« Espagne éternelle ». On ne sera pas étonné ainsi que son ouvrage retravaillé ait été publié en 1954 sous le titre de La realidad histórica de España, perdant ainsi sa référence explicite aux relations interconfessionnelles10.

En outre, Castro n’évoque nulle part des relations parfaitement harmonieuses. En premier lieu parce qu’en philologue et historien de la littérature, il s’intéresse aux transferts littéraires et linguistiques et ne place qu’à la marge sa réflexion sur le terrain des relations concrètes et quotidiennes11.

En second lieu, la convivencia, n’est sous sa plume ni positive ni heureuse en soi, elle implique et englobe également les oppositions, les résistances, les rejets. En effet, obsédé par le destin de son pays, Castro s’interroge sur les causes de ce qu’il perçoit comme la « maladie de l’Espagne »12. Or, sa réponse est ambiguë voire contradictoire.

Certes, cet échec est à ses yeux dû au rejet des juifs et des musulmans par les chrétiens, arrachant ainsi à l’Espagne par une sorte d’automutilation deux des trois éléments fondateurs de son identité.

Mais dans le même temps, il voit dans la fusion des éléments chrétiens, juifs et musulmans la racine du malaise espagnol ; il va jusqu’à affirmer que l’Inquisition et même l’obsession de la pureté du sang sont des héritages directs de « l’élément juif »13.

La convivencia apparaît donc chez Castro tout à la fois comme une source d’orgueil, un ferment de l’originalité et de la grandeur de son pays, mais aussi comme un handicap primordial expliquant le retard contemporain de son pays dans le concert des nations européennes.

Dans les écrits de Castro, enfin, la convivencia n’est pas construite comme un concept, elle n’est qu’un mot parmi d’autres pour désigner la coexistence entre les membres des trois religions. Il l’utilise d’ailleurs de manière bien moins systématique que d’autres termes à ses yeux manifestement synonymes, notamment celui de tolérance et plus encore celui de contextura :

[…] j’aspire à expliquer comment s’est formée la particularité des grandes valeurs hispaniques. Je peux faire erreur : mais je veux courir le risque de me tromper et malgré cela affirmer que l’originalité et l’universalité du génie hispanique trouve son origine dans les formes de vie tissées par neuf cents ans de contextura ­christiano-islamico-judaïque14.

Bien que cette notion de contextura n’ait pas connu de postérité historiographique à ce jour, elle est développée à plusieurs reprises dans son ouvrage, pour signifier la construction de l’identité espagnole comme un tissu, un organisme voire un corps uni où les éléments chrétiens, musulmans et juifs sont inextricablement entrecroisés, enchâssés. Cet effort de définition par Castro contraste avec son utilisation bien moins fréquente et toujours très vague du terme de convivencia.

Autrement dit, Castro n’a inventé la convivencia ni en tant que terme, ni même en tant que concept et il n’a pas (ou très peu) présenté une version idyllique des relations quotidiennes entre chrétiens, juifs et musulmans. Pour que cette paternité lui soit attribuée à tort et de manière persistante, il fallut que se déclenche l’une des plus mémorables polémiques de l’historiographie espagnole.

La force d’une polémique
Un pas essentiel dans la construction du mythe de la convivencia fut en effet franchi à travers le débat rageur qui opposa Américo Castro à un autre géant de l’historiographie espagnole, Claudio Sánchez Albornoz. Les deux historiens partageaient pourtant un même engagement personnel dans la vie politique de la seconde République espagnole. Ainsi, Sánchez Albornoz fut plusieurs fois député, ambassadeur à Lisbonne et ministre dans le gouvernement de Manuel Azaña.

De 1962 à 1971, il fut même président du gouvernement de la République en exil. Castro quant à lui, bien qu’ayant eu un parcours politique plus modeste, fut tout de même ambassadeur de la République espagnole à Berlin dès 1931. Suite à la victoire de Franco, les deux durent fuir l’Espagne, Castro partant pour les États-Unis et Sánchez Albornoz pour l’Argentine. C’est dans ce contexte de défaite et d’exil que la polémique naquit.

Les deux auteurs s’opposèrent de façon virulente sur la définition de l’identité espagnole. Castro, prenant le contre-pied du courant historiographique majoritaire, affirma que l’Espagne était née au cours du Moyen Âge, de la coexistence et de la fusion des éléments chrétiens, juifs et musulmans.

Sánchez Albornoz édifia sa propre théorie en opposition radicale à celle de Castro, dédiant son œuvre de 1957, España, un enigma histórico15 (qu’il alla jusqu’à désigner comme « ­l’Anticastro »16) à le contredire.

Pour l’ancien ministre en exil, l’identité espagnole se construisit à travers la présence romaine puis wisigothique sur le sol ibérique. En ce sens, le Moyen Âge ne fut pas le moment de la naissance de l’Espagne, mais de sa consolidation à travers l’épreuve de la Reconquista.

Chrétiens, juifs et musulmans ne fusionnèrent jamais, bien au contraire, la péninsule ne fut qu’une « croisée des chemins » où s’opposèrent « trois contextures vitales de trois communautés historiques distinctes »17.

Dans un cas, l’Espagne est une réalité médiévale, née de la fusion entre trois groupes confessionnels ; dans l’autre, elle est une « énigme historique » qui naquit durant l’Antiquité tardive et s’affirma dans l’affrontement avec les éléments non-chrétiens, tout particulièrement musulmans.

Il serait simpliste pourtant d’en rester à cette opposition car de nombreux points communs unissaient les deux intellectuels par-delà leurs désaccords. Pour chacun d’entre eux en effet, la coexistence des chrétiens, juifs et musulmans n’est que l’écume d’enjeux à leurs yeux bien plus amples et profonds.

Sánchez ­Albornoz et Castro, qu’on associe tous deux à la generación del 14, se rejoignent en effet dans un même sentiment d’échec d’une nation, d’un « problème espagnol »18. L’un comme l’autre sont animés par une même volonté de trouver les causes d’un supposé retard vis-à-vis des autres nations européennes.

Et pour les deux finalement, la réponse se trouve dans la présence des musulmans, et des juifs dans une moindre mesure.

Pour Sánchez Albornoz, cette présence fut trop longue, conduisant les chrétiens à une véritable obsession pour la guerre, « l’Islam, Mahomet, la nécessité de la lutte quotidienne empêchèrent tragiquement l’Espagne de suivre la même courbe que les nations sœurs »19 ; pour Castro au contraire, cette présence fut avortée, affaiblissant l’Espagne comme nous l’avons souligné plus haut.

Malgré une approche initialement contradictoire, les deux auteurs se rejoignent sur la centralité du rôle médiéval des non-chrétiens dans les racines de la crise contemporaine de leur pays.

En ce sens, la convivencia n’est qu’un passage dans leur argumentation, qu’une étape les menant au véritable objet de leurs interrogations : la crise de leur patrie, el Ser de España. Castro et Sánchez Albornoz étaient en outre tous deux influencés par le pessimisme que le philosophe et homme politique José Ortega y Gasset développa dans son España invertebrada (1921).

Et la même nostalgie élégiaque se trouve sous la plume de Sánchez Albornoz dans un article de 1932 :

Je ne songe jamais sans émotion à ce moment, tragique entre tous pour ma patrie. À l’inverse de ceux qui voient en elle une tare congénitale, et pour des raisons très différentes que celles que d’autres invoquent pour l’exclure d’entre les nations européennes, je suis persuadé que l’instant décisif dans la vie de l’Espagne fut celui-là. Sans l’Islam, l’Espagne aurait suivi les mêmes chemins que la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Angleterre. Mais l’Islam dévia les destins du monde ibérique et lui assigna un rôle nouveau : rôle de vigilance et de sacrifice, rôle de sentinelle et d’éducateur, rôle qui eut une énorme importance dans la vie de l’Europe, mais qui coûta très cher à l’Espagne20.

Chez les deux auteurs perce donc toute une mythologie patriotique21 qui plonge ses racines dans une inquiétude sur le devenir de l’Espagne. Les deux souhaitaient saisir au plus près l’« âme espagnole » pour lui imaginer (et pourquoi pas lui tracer) un autre destin22.

Cet orgueil patriotique blessé fut décuplé par la victoire des franquistes et l’exil qui persista au-delà de la seconde guerre mondiale, malgré la défaite des fascistes qu’ils auraient aimée générale.

Comme le résume admirablement Amédée Mas, Castro et Sánchez Albornoz avaient « mal à l’Espagne »23.

Les deux auteurs surent pourtant sublimer leur douleur en une monumentale polémique intellectuelle, dans laquelle la convivencia joua le rôle de cristallisateur. Sánchez Albornoz, manifestement révolté par les théories de Castro, et soucieux de défendre au mieux l’« âme espagnole », prétendit résumer les propos de son adversaire en lui prêtant l’idée selon laquelle « la simple convivencia de voisinage entre chrétiens espagnols et Espagnols musulmans produisit une symbiose »24, critique qu’il réitère à plusieurs reprises dans son ouvrage, martelant que « la convivencia pacifique était impossible »25 tout en prenant soin bien souvent de mettre le terme en italique ou entre guillemets.

C’est donc Sanchez Albornoz qui, porté par son courroux, attribua à Castro ce concept irénique et lui donna une centralité qu’il n’avait pas initialement. En ce sens, la polémique entre les deux auteurs fut bien le moment fondateur du mythe de la convivencia.

L’idée de convivencia au cœur de débats idéologiques
Suite à l’affrontement entre les deux historiens espagnols, le terme de ­convivencia s’est peu à peu imposé dans la production historiographique jusqu’à acquérir l’omniprésence fantasmatique que nous soulignions en introduction.

Pour cela, il fut dans un premier temps investi par des chercheurs non-espagnols, ce qui eut au moins deux conséquences fondamentales.

Tout d’abord le débat sur ­l’hispanidad n’eut jamais qu’un écho très limité en-dehors d’Espagne et de ce fait le terme (ou plus largement l’idée) de convivencia s’inséra dans des problématiques qui lui étaient originellement étrangères.

En outre, ce dernier, s’il est couramment utilisé en espagnol pour désigner le simple fait de « vivre-ensemble », n’a pas d’équivalent strict dans de nombreuses langues et nécessite donc le recours à un néologisme ou à une périphrase26.

De nombreux historiens anglophones et francophones décidèrent donc de l’adopter tel quel dans leur propre langue, stratégie tout à la fois commode mais aussi fort propice à sa transformation en concept, par un effet de mise à distance.

Plutôt que de prétendre reconstruire un arbre précis de la diffusion du terme, ce qui dépasserait largement le cadre fixé ici, nous nous attarderons sur trois moments principaux du processus faisant de la convivencia un véritable concept soumis à toutes sortes d’utilisations idéologiques plus ou moins conscientes et affirmées. Nous partirons de la production universitaire, mais nous élargirons notre propos à toute une gamme d’appropriations non-académiques, qu’il s’agisse de vulgarisation, de transposition didactique vers le secondaire ou encore d’utilisation politicienne voire commerciale.

Convivencia, tolérance et multiculturalisme
C’est semble-t-il aux États-Unis que le terme a été le plus rapidement forgé en concept. Dès les années 1970 et de manière continue jusqu’à nos jours, de nombreux auteurs nord-américains parmi lesquels on peut citer Thomas Glick27, ­Robert I. Burns28, Elena Lourie29 ou encore Mark Meyerson30 ont repris ce terme de manière plus ou moins critique, l’associant à une galaxie d’autres notions héritées d’approches anthropologisantes (acculturation, symbiose, diffusion, emprunt) et flirtant parfois avec l’anachronisme (assimilation, intégration, colonisation, tolérance).

Comme le souligne Alex Novikoff, il faut replacer ce mouvement dans le cadre d’un « monde moderne toujours plus sensible aux relations tendues au sein d’une communauté mondiale multiethnique »31.

Dans une société marquée par les interrogations sur les minorités, le « multi­culturalisme » et la « question raciale », les travaux des historiens suivent les interrogations de leur époque en même temps qu’ils les nourrissent.

Dès lors, la convivencia hispanique médiévale put acquérir valeur de modèle à suivre, favorisant les simplifications et raccourcis.

Ainsi, Maria Rosa Menocal achève son ouvrage de vulgarisation The Ornament of the World 32, en affirmant que « notre époque ne pouvait que se montrer sensible au monde de l’Espagne médiévale multireligieuse et multilinguistique »33.

Bien que rédigé en grande partie avant le 11 septembre 2001, le livre résonne comme une interrogation angoissée « à propos de l’Islam fondamentaliste et de sa relation avec l’Occident »34.

De même, Chris Lowney, ancien jésuite, banquier de renom et occasionnellement historien35, fait référence aux attentats du World Trade Center et plus encore à ceux de Madrid en 2004, dès la préface de son ouvrage A Vanished World : Muslims, Christians, and Jews in Medieval Spain 36.

Des utilisations similaires du terme se retrouvent en Europe et particulièrement en France, où la question multiculturelle est également sensible.

La ville de Tolède a attiré un moment les regards, tant elle semblait pouvoir incarner parfaitement la convivencia 37.

L’accueil par les universitaires en France a cependant été très mitigé. Si certains comme John Tolan ont voulu redéfinir le terme de manière critique en le confrontant aux sources38, d’autres au contraire l’ont rejeté avec véhémence, à l’instar de Manuela Marín et de Joseph Pérez pour qui « le mythe de l’“Espagne des trois cultures”, amplement utilisé comme élément de propagande, est si loin de la réalité historique, qu’il ne peut que générer de nouveaux éléments de confusion »39.

Notons que ces recherches et interrogations ont trouvé un écho dans l’enseignement de l’histoire en lycée. Ainsi, le programme de la classe de Seconde arrêté en 1996 -40, se fixait comme finalité globale « la connaissance et la compréhension par les élèves du monde contemporain » et incluait dans cette perspective un chapitre intitulé « La Méditerranée au XIIe siècle : carrefour de trois civilisations »41.

Ajoutons que c’est précisément dans la seconde moitié des années 1990 que se développa une polémique très vive autour de l’essai du politologue Samuel Huntington, Le choc des civilisations 42. Les Instructions officielles données par le Ministère aux enseignants semblent s’inscrire dans ce débat en précisant :

Le cœur de la question est bien l’idée de carrefour de civilisations. […] il s’agit de mettre en valeur la diversité des contacts que développent ces différentes civilisations : affrontements guerriers (croisades, Reconquista), échanges commerciaux (comptoirs), influences culturelles (syncrétisme).

Bien que le terme de convivencia n’apparaisse pas, ni celui de tolérance (les rédacteurs des programmes ayant préféré évoquer un « syncrétisme » qui serait une des formes des « influences culturelles »), les réflexions des historiens de l’Espagne médiévale ont manifestement fourni un cadre idéal pour allier transposition didactique et éducation civique.

Un élément suffira sans doute à s’en convaincre : le Ministère suggère en effet dans ses instructions deux « entrées possibles : un carrefour exemplaire : la Sicile ; un espace de contacts : ­l’Andalousie » et les nombreux manuels présentent en effet l’Espagne (chrétienne et/ou musulmane) comme le lieu par excellence où se sont développées des rencontres quotidiennes amicales.

À travers l’étude des diverses relations entre civilisations médiévales, ce chapitre apparaît finalement comme une volonté manifeste d’amener les élèves à réfléchir indirectement sur le vivre-ensemble républicain contemporain au-delà des différences religieuses, en situant le questionnement dans un ailleurs médiéval.

C’est ainsi sans doute que l’on entend désamorcer ce que l’Éducation nationale désigne officiellement comme des « questions sensibles »43. Dans la même veine, Régis Debray s’est fendu de plusieurs rapports officiels sur l’enseignement du « fait religieux », plaidant pour « la mise en évidence des généalogies et soutènements de l’actualité la plus brûlante » et affirmant que :

[…] l’événement (disons : les Twin Towers) ne prend son relief, et sa signification, qu’en profondeur de temps, elle peut contribuer à relativiser chez les élèves la fascination conformiste de l’image, le tournis publicitaire, le halètement informatif, en leur donnant des moyens supplémentaires de s’échapper du présent-prison, pour faire retour, mais en connaissance de cause, au monde d’aujourd’hui 44.

Au-delà de la formulation de l’auteur, aussi tournoyante que les médias qu’il dénonce, on notera la fausse légèreté de la référence aux attentats du 11 septembre, et la volonté de mêler les temporalités dans une perspective (qui se veut) civique.

Notons enfin la disparition de ce thème dans les programmes de 2010 et son remplacement par un chapitre bien plus classique consacré aux « sociétés et cultures de l’Europe médiévale »45. Cela doit-il étonner de la part d’un gouvernement alors si investi dans les débats sur l’identité nationale et européenne ?

La tolérance espagnole, Israël et l’Islam
L’accaparement idéologique du débat sur le vivre-ensemble dans l’Espagne du Moyen Âge n’est pourtant pas un fait nouveau et le mythe d’une tolérance musulmane médiévale, que l’on trouve chez Castro pour qui le Coran est un « monument de tolérance »46, est déjà présent au XIXe siècle.

Dans un premier temps, ce mythe fut utilisé dans le cadre de ce que Salo W. Baron a nommé « la conception larmoyante de l’histoire juive »47 : l’idéalisation de la coexistence interconfessionnelle en terre d’Islam était d’autant plus mise en avant qu’elle permettait de souligner à rebours une supposée intolérance chrétienne.

De manière on ne peut plus transparente, Heinrich Graetz affirmait que les juifs vivant en terre d’Islam « n’étaient pas contraints de vivre, comme leurs coreligionnaires européens, dans la crainte perpétuelle de s’attirer la colère du clergé ou le châtiment du souverain »48.

Ce prétendu âge d’or de la vie juive dans les pays musulmans trouve sans doute sa place dans l’orientalisme européen du XIXe siècle, mélange de peur et de fascination pour un Orient mouvant et largement construit par l’Occident lui-même, comme l’a suggéré Edward Saïd49.

Il fut ensuite instrumentalisé par le mouvement sioniste afin de dénoncer dans un jeu de miroirs les persécutions que subissaient les juifs européens dans la deuxième moitié du XIXe et au début du XXe siècle.

Ainsi s’affirma dans l’historiographie une césure de plus en plus radicale entre Ashkénazes et Sépharades.

Comme l’a dit en d’autres mots Bernard Lewis, le « mythe de la tolérance musulmane » a été utilisé par plusieurs savants de la fin du XIXe siècle comme « un bâton avec lequel [ils pouvaient] battre leurs voisins chrétiens »50.

Le même discours a été mis en œuvre par la suite pour légitimer la création puis l’existence d’Israël : ainsi, John Tolan rappelle qu’Yitzak Baer écrivit son Histoire des juifs de l’Espagne chrétienne en 1945 51 « en partie pour montrer que les juifs ne [furent] jamais vraiment tolérés (et donc qu’il [valait] mieux qu’ils aient leur propre État) »52.

Ruse de l’histoire, le même mythe a été repris par certains spécialistes du monde arabe, imprégnés d’opposition au projet sioniste.

Ce fut le cas dès 1939 avec The Arab Awakening de l’historien libanais George Antonius, dont on retrouve en 1968 l’écho lors d’une intervention de l’universitaire égyptien Said Abdel-fattah Ashour dans un colloque au Caire :

Les Juifs à travers l’histoire ne reçurent pas de meilleur ou de plus gentil traitement que celui des musulmans […]. Ils trouvèrent dans les musulmans […] des frères miséricordieux qui les considérèrent comme des compagnons de croyance […]. L’Espagne fournit un clair exemple de la différence de traitement des Juifs par les musulmans et les chrétiens. L’expérience des musulmans avec les Juifs fut toujours amère et difficile car les Juifs rendirent la tricherie pour la sincérité et l’ingratitude pour la gentillesse53.

Cette fois, vanter la tolérance de l’Islam espagnol médiéval est un outil non pour dénoncer le christianisme persécuteur, mais le judaïsme supposément ingrat.

Étrange renversement historique qui met en évidence l’enchevêtrement des mythes et des idéologies.

Et fort logiquement, au moment où des historiens antisionistes s’emparent à leur avantage du mythe de l’Espagne tolérante, leurs confrères sionistes le remettent en cause.

Ainsi Cecil Roth dénonce dès 1946 la « perversion de la vérité » qui consiste à affirmer que les juifs vécurent heureux dans le monde arabe54. Cette offensive continue encore aujourd’hui avec les ouvrages polémiques de Bat Ye’or qui n’hésite pas à affirmer que l’histoire des juifs en terre d’Islam se résume à « treize siècles de souffrance et d’humiliation »55.

De même, Shmuel Trigano, professeur en sociologie à Paris X a violemment dénoncé le chapitre de la classe de Seconde que nous avons évoqué plus haut. S’attachant à critiquer le programme et son application par certains enseignants, il mêle dans un vertige Islam médiéval, Shoah, conflit israélo-palestinien et immigration dans la France contemporaine :

L’inscription des Juifs dans ce schéma doit cependant être considérée comme un indice de la stratégie idéologique globale qui inspire la pédagogie actuelle. Elle a à voir avec les difficultés de l’enseignement de la Shoah et du conflit du Moyen Orient, difficultés intrinsèques mais aussi en relation avec la nouvelle population des écoles. […] C’est dans cet arrière-plan que la pédagogie du modèle andalou doit être resituée. Elle propose une compensation positive – et non plus victimaire par Palestiniens interposés – aux élèves que l’évocation de la Shoah « choque », un recyclage de l’élément juif dans une économie symbolique dans laquelle leur référent identitaire apparaît en gloire56.

Ce ton manifestement polémique trouve un écho dans le livre de David ­Bensoussan, L’Espagne des trois religions. Grandeur et décadence de la ­convivencia, publié en 2007 57, qui, comme le souligne Eva-Maria von Kemnitz dans le compte-rendu qu’elle lui a consacré, « n’hésite pas à lancer, à plusieurs reprises, des ­accusations contre musulmans et chrétiens, se référant à des occurrences passées pour les projeter dans le présent comme explications de leurs implications dans… le choc des civilisations (p. 192) et la perpétuation d’attitudes antijuives (p. 194) »58.

Comme le résume fort bien Mark R. Cohen dans un récent article (bien qu’on puisse regretter sa lecture communautariste, voire déterministe) :

La revendication d’une tolérance islamique a été récemment utilisée par des auteurs arabes et pro-arabes, qui reprochent au sionisme de saper l’harmonie passée. Un camp adverse, représenté par des auteurs juifs et sionistes qui voient dans la vie juive médiévale sous l’Islam comme une souffrance absolue et un désastre, et soutiennent que l’antisémitisme arabe du vingtième siècle s’enracine profondément dans une haine des Juifs arabo-musulmane congénitale. Les deux affirmations, cependant, sont basées sur des mythes historiques59.

Il n’est pas question de réduire la production historiographique à ces deux positions extrêmes, il est entendu que la plupart des études sont plus mesurées. Mais nous voulons souligner ici, rappelons-le, les usages idéologiques de ce qui apparaît décidément à bien des égards comme une mythologie.

Les récupérations politiques de la convivencia et de ses avatars dans l’Espagne du XXe siècle
Nous terminerons ce tour d’horizon en retournant en Espagne où l’idée de convivencia, qu’elle soit spécifiquement musulmane ou élargie aux espaces dominés par les chrétiens, a eu un rôle important dans les débats historiographiques contemporains. Là encore, nous verrons à quel point mythologie et idéologie vont de pair.

La convivencia a été continuellement interrogée par l’historiographie espagnole, notamment pour les régions où coexistaient les trois confessions.

Parmi une bibliographie monumentale, on pensera notamment aux ouvrages de Julio Valdeón Baruque, Asunción Blasco Martínez ou encore de Miguel Ángel Ladero Quesada60. Nous sommes là dans la production universitaire et quand la notion de convivencia est reprise, c’est toujours de manière critique et circonstanciée.

Ainsi, Valdeón Baruque dans un article de 2004 précise :

Évidemment on pourra discuter des limites à l’intérieur desquelles se développait cette convivencia, mise en échec dans certaines occasions, et qu’en aucun cas on ne doit comprendre comme un modèle de tolérance, concept qu’il est impossible d’appliquer aux sociétés européennes jusqu’à plusieurs siècles plus tard61.

Pourtant, le débat sur l’idée de convivencia en Espagne est bien souvent resté prisonnier des interrogations patriotiques qui ont prévalu lors de la polémique initiale entre Castro et Sánchez Albornoz. On pensera notamment à Vicente Cantarino qui, dans son Entre monjes y musulmanes, voyait dans la Reconquista le moment fondateur d’une identité espagnole ni juive ni musulmane62.

Le questionnement a pris une dimension nouvelle en irriguant des querelles idéologiques partiellement extérieures aux recherches historiques. Ainsi, dans le cadre d’un État espagnol démocratique et fortement décentralisé, où les comunidades autónomas ont d’autant plus de pouvoir que l’Europe s’appuie toujours plus sur l’échelon régional, l’idéalisation du vivre-ensemble a été investie par les idéologies nationalistes.

On pensera notamment aux autorités de la comunidad d’Andalousie qui mettent fréquemment en avant la longue présence des musulmans dans la région, pour en faire une terre de convivencia, sorte de pont entre l’Europe et l’Afrique.

Par exemple, la Fondation pour le développement de l’héritage andalou, association créée par le gouvernement andalou (Junta de Andalucía), a pour but de « promouvoir les valeurs de convivencia et de tolérance qui caractérisaient la civilisation andalouse, afin notamment de favoriser la culture, la promotion du tourisme et la dynamisation des structures économiques de l’Andalousie, grâce à la connaissance d’Al-Andalus »63.

De fait, cette fondation finance de nombreux colloques et publications historiques.

Il ne faut pourtant pas sous-estimer la dimension plus proprement politique de cette récupération du mythe de la convivencia.

Serafin Fanjul, adversaire résolu de cette mystification en fournit une lecture très politisée. Elle est à ses yeux la conséquence funeste de deux dynamiques qu’il déplore, d’une part le manque d’estime de soi des Espagnols (phénomène selon lui général, mais particulièrement vif chez les intellectuels), mais plus encore l’accentuation des autonomies au sein de l’État espagnol :

[…] les Espagnols sont passés sans solution de continuité de la nation impériale en carton-pâte que proclamait la dictature, à une autre [nation] où les tendances centrifuges et désintégratrices occupent toute la scène, inconscientes du risque fatal que comporte la fragmentation d’un pays déjà faible64.

Nous sommes donc bien plongés à nouveau dans la question angoissée de Castro, comme le formule explicitement Fanjul à plusieurs reprises : « Quelle est la véritable identité de l’Espagne ? »65. Inversement, l’idéalisation du passé médiéval a également été utilisée pour donner une image positive et unie de l’Espagne, s’affirmant dans sa globalité comme terre des trois religions au Moyen Âge et par voie de conséquence comme interface contemporaine entre Union européenne et monde arabe.

Le fait que le pays, longtemps terre d’émigration, attire maintenant l’immigration venue d’Afrique du Nord, renforce cette prétention affichée.

Ainsi, en guise de conférence de clôture à un colloque de 1991, parrainé par la monarchie elle-même et intitulé Diálogo filosófico-religioso entre cristianismo, judaismo e islamismo durante la Edad Media en la Península Ibérica, le banquier Mario Conde (qui avait par ailleurs participé à financer ce colloque) affirma qu’au Moyen Âge en Espagne « dominaient les valeurs du pluralisme et de la tolérance », preuve s’il en était besoin qu’elle pouvait encore de nos jours prétendre relever le défi des relations entre Occident et Islam66.

Conclusion
Alors que le terme de convivencia ne désigne en espagnol qu’un « vivre-ensemble » qui n’est pas en soi harmonieux, ses nombreux usages depuis plus d’un demi-siècle l’ont érigé peu à peu en véritable concept, au travers de nombreuses polémiques entre historiens, mais aussi plus largement du fait d’un grand nombre d’appropriations idéologiques parfois totalement contradictoires.

La diffusion du concept hors des sphères proprement universitaires aboutit même à faire de la convivencia une période (par ailleurs vaguement située dans le temps et l’espace), au même titre que la Renaissance ou la Réforme67.

Face à ces usages multiples d’un terme aux limites fort mouvantes, les études historiques les plus récentes oscillent entre plusieurs stratégies. Certains s’évertuent encore à en donner une définition plus précise et complexe tels Chris Lowney qui le présente comme une « nécessité inconfortable »68 ou encore Thomas Glick qui continue à y voir le principe fondamental des relations interconfessionnelles dans l’Espagne médiévale, à condition de le replacer dans une approche anthropologique et d’y inclure les phénomènes de « friction, rivalité et suspicion »69.

La plupart des historiens pourtant ont décidé d’en finir avec la convivencia. De nouveaux concepts pouvant prendre sa place ont ainsi été proposés : Brian Catlos a défendu celui de conveniencia (la négociation et la mise en place d’accords, qu’ils soient écrits ou oraux, explicites ou implicites, sont au cœur des interactions ­ethnico-religieuses dans l’Espagne médiévale70) et Fabio López Lázaro entend développer la notion de disvivencia (ensemble des processus par lesquels les identités chrétienne et musulmane étaient menacées par toute forme d’hybridité)71.

Mark Meyerson72 suivi par David Nirenberg73, sans élaborer de nouveau concept, proposent des approches plus complexes où les différentes formes de coopération et de conflictualité entre membres des trois confessions non seulement ne s’opposent pas, mais doivent au contraire être pensées conjointement comme les différentes facettes d’une réalité polymorphe. Ainsi David Nirenberg précise dans l’introduction de Violence et minorités au Moyen Âge :

Loin de soutenir l’hypothèse d’une convivencia paisible, la deuxième partie de ce livre démontre que la violence est un phénomène central et systémique de la coexistence entre la majorité et les minorités en Espagne médiévale, et suggère même que cette coexistence est en partie fondée sur cette violence74.

Toutes ces approches stimulantes sont autant d’exemples de la « démystification » que Roland Barthes appelait de ses vœux. Il semble pourtant que leur écho ne soit entendu – et de façon partielle – que dans les milieux universitaires.

Bien souvent encore, le mythe de la convivencia et son cortège d’anachronismes et de contre-mythes n’en finissent pas de prospérer, portés par les mésusages publics de l’Histoire face auxquels il convient de rester vigilant.

Notes
1 . Maya Soifer, « Beyond convivencia : critical reflections on the historiography of interfaith relations in Christian Spain », Journal of Medieval Iberian Studies, vol. 1, no 1, 2009, p. 21.
2 . En termes de révision critique, on pourra par exemple consulter, en plus de l’article de Maya Soifer déjà cité, Jonathan Ray, « Beyond Tolerance and Persecution : Reassessing Our Approch To Medieval ‘Convivencia’ », Jewish Social Studies, vol. 11, no 2, 2005, p. 1-18 et Alex Novikoff, « Between Tolerance and Intolerance in Medieval Spain », Medieval Encounters, vol. 11, no 1-2, 2005, p. 7-36.
3 . « […] je venais de lire Saussure et j’en retirai la conviction qu’en traitant les “représentations collectives” comme des systèmes de signes on pouvait espérer sortir de la dénonciation pieuse et rendre compte en détail de la mystification qui transforme la culture petite-bourgeoise en nature universelle ». C’est Barthes qui souligne. Roland Barthes, Mythologies, Paris, Seuil, 1957, p. 7.
4 . Américo Castro, España en su historia. Cristianos, moros y judíos, Barcelone, Crítica, 1983 [1re édition, Buenos Aires, Losada, 1948]. Les références qui suivront renvoient à l’édition de 1983.
5 . Brian A. Catlos, « Contexto y conveniencia en la Corona de Aragón : propuesta de un modelo de interacción religiosa entre grupos etno-religiosos minoritarios y mayoritarios », Revista d’Història Medieval, no 12, 2001-2002, p. 259-268. Dans le même sens, Kenneth Baxter Wolf affirme que « It was the Spanish philologist and literary historian Américo Castro (1885-1972) who first used the term convivencia » : voir Kenneth Baxter Wolf, « Convivencia in Medieval Spain : A Brief History of an Idea », Religion Compass, vol. 3, no 1, 2009, p. 72. J’ai moi-même fait cette erreur, notamment dans Christophe Cailleaux, « Tortosa au xive siècle. L’organisation de l’espace d’une ville des trois cultures », dans Alain Dierkens et Anne Morelli (éd.), Topographie du sacré. L’emprise religieuse sur l’espace, Bruxelles, Éditions de l’université de Bruxelles, 2008, p. 107-126.
6 . Thomas F. Glick, « Convivencia : an introductory note », dans Vivian B. Mann, Thomas F. Glick et Jerrilynn Denise Dodds (éd.), Convivencia : Jews, Muslims and Christians in Medieval Spain, New York, G. Braziller in association with the Jewish Museum, 1992, p. 2.
7 . Comme le suggère Maya Soifer lorsqu’elle affirme que « […] Américo Castro put the concept into wide circulation », Maya Soifer, « Beyond convivencia… », art. cit., p. 19.
8 . « Para ese proyecto […] de biografía de España » (« Pour ce projet […] de biographie de l’Espagne »), Américo Castro, España en su historia…, op. cit., p. 600. Toutes les traductions d’article en anglais et en espagnol sont de mon fait.
9 . « El alma española corrió como bisectriz entre tierra divinizada y un cielo humanizado », et « España fue una fe, una creencia, alimentada de vida y de muerte, de cielo y de tierra », ibid., respectivement p. 36 et 39.
10 . Américo Castro, La realidad histórica de España, Mexico, Porrúa, 1954.
11 . Comme il l’affirme lui-même : « No pienso ni por un momento narrar el detalle de la historia de las civilizaciones musulmana y cristiana en la España medieval » (« Je ne souhaite pas un instant raconter ici dans le détail l’histoire des civilisations musulmanes et chrétiennes dans l’Espagne médiévale »), ibid., p. 61.
12 . « […] es que España no sólo sufre de una enfermedad crónica […] » (« […] non seulement l’Espagne souffre d’une maladie chronique […] », ibid., p. 41. Il développe ici, en les reprenant partiellement, les idées de José Ortega y Gasset comme nous l’expliquons plus bas.
13 . Ibid., p. 524. Il s’appuie notamment sur le rôle important de certains convertis comme Pablo de Santa Maria (auparavant Salomon Halevi, rabbin de Burgos) dans les offensives anti-judaïques des xive et xve siècles.
14 . « […] aspiro a explicarme cómo se formó la peculiaridad de los grandes valores hispánicos. Puede ser que me engañe ; mas quiero correr el riesgo de equivocarme, y a pesar de ello formular el juicio de que lo más original y universal del genio hispánico toma su origen en formas de vida fraguadas en los novecientos años de contextura cristiana-islámico-judaica », ibid., p. 61.
15 . Claudio Sánchez Albornoz, España, un enigma histórico, Barcelone, Edhasa, 1965, 2 tomes. [1re édition, Buenos Aires, Editorial Sudamericana, 1956]. Les références qui suivront renvoient à l’édition barcelonaise de 1965.
16 . Voir Gonzalo Alvarez Chillida, La imagen del judío (1812-2002), Madrid, Marcial Pons, 2002, p. 434.
17 . « un cruce de caminos […] tres contexturas vitales de tres comunidades históricas distintas », (« croisée des chemins [où s’opposèrent] trois contextures vitales de trois communautés historiques distinctes ») : Claudio Sánchez Albornoz, España, un enigma histórico, op. cit., t. I, p. 99. C’est moi qui souligne.
18 . Voir Adolfo Sotelo Vázquez, « Américo Castro y la generación del 14 », Cuadernos ­hispanoamericanos, no 426, 1985, p. 29-50. Les deux auteurs appartenaient en outre au Centro de Estudios Históricos dirigé par Menéndez Pidal.
19 . Claudio Sánchez Albornoz, « L’Espagne et l’Islam », Revue Historique, CLXIX, 1932, p. 330.
20 . Ibid., p. 328.
21 . On évitera de qualifier de nationalisme la pensée d’un militant espagnol républicain.
22 . La fin de son article « L’Espagne et l’Islam », art. cit., est consacrée à imaginer une Espagne sans le passage de l’Islam.
23 . « Également, les duele España », (littéralement : « également, ils ont mal à l’Espagne »), Amédée Mas, « Claudio Sánchez-Albornoz, España, un enigma histórico », Bulletin Hispanique, vol. 61, no 2, 1959, p. 294.
24 . « la mera convivencia vecinal de cristianos españoles y de españoles islamitas prodigó una simbiosis » : Claudio Sánchez Albornoz, España, un enigma histórico, op. cit., t. I, p. 176.
25 . Ibid., t. II, p. 178.
26 . Le terme de « convivance » est reconnu par l’Académie française depuis 2004, mais il est fort peu usité. Voir http://www.academie-francaise.fr/immort … delay.html (consulté le 2 juin 2011) : discours de Florence Delay introduisant officiellement le mot dans la langue française.
27 . Thomas F. Glick, Islamic and Christian Spain in the Early Middle Ages : Comparative ­Perspectives on Social and Cultural Formation, Princeton, Princeton University Press, 1979. Vivian B. Mann, Thomas F. Glick et Jerrilynn Denise Dodds (éd.), Convivencia…, op. cit.
28 . Robert Ignacius Burns, The Crusader Kingdom of Valencia : Reconstruction on a Thirteenth-Century Frontier, Cambridge, Harvard University Press, 1967.
29 . Elena Lourie, « Complicidad criminal ; un aspecto insólito de convivencia judeo-cristiana », dans Carlos Carrete Parrondo (éd.), Congreso Internacional “Encuentro de las Tres Culturas”, Tolède, Universidad de Tel-Aviv y Ayuntamiento de Toledo, 1988, p. 93-108.
30 . Mark D. Meyerson, The Muslims of Valencia in the Age of Fernando and Isabel : Between Coexistence and Crusade, Berkeley, University of California Press, 1991.
31 . « In a modern world made increasingly sensitive to the fraught relations of a multiethnic global community […] », Alex Novikoff, « Between Tolerance and Intolerance… », art. cit., p. 7.
32 . Maria Rosa Menocal, The Ornament of the World : How Muslims, Jews and Christians create a culture of Tolerance in Medieval Spain, Boston, Little, Brown, 2002. Édition française : L’Andalousie arabe. Une culture de tolérance, viiie - xve siècle, Paris, Autrement, 2003. Les références qui suivront renvoient à l’édition française.
33 . Maria Rosa Menocal, L’Andalousie arabe…, op. cit., p. 240.
34 . « Since 9/11, concerns about fundamentalist Islam and its relationship to the ‘West’ have inspired a number of studies of medieval Spain […] », Kenneth Baxter Wolf, « Convivencia in Medieval Spain… », art. cit., p. 77.
35 . Voir sa fiche autobiographique disponible sur son site officiel http://www.chrislowney.com/about.htm (consulté le 2 juin 2011).
36 . Chris Lowney, A Vanished World : Muslims, Christians, and Jews in Medieval Spain, New York, Oxford University Press, 2006.
37 . Voir par exemple Louis Cardaillac (éd.), Tolède, xiie - xiiie. Musulmans, chrétiens et juifs : le savoir et la tolérance, Paris, Autrement, 1991.
38 . John Tolan, « Une convivencia bien précaire : la place des Juifs et des Musulmans dans les sociétés chrétiennes ibériques au Moyen Âge », dans Guy Saupin, Rémy Fabre et Marcel Launay (éd.), La tolérance. Actes du colloque international de Nantes pour le quatrième centenaire de l’Édit de Nantes, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 1999, p. 385-94.
39 . Manuela Marín et Justo Pérez, « “L’Espagne des trois religions”, du mythe aux réalités », Revue du Monde Musulman et de la Méditerranée, no 63-64, 1992, p. 23.
40 . Puis modifié légèrement en 2000 et 2002.
41 . Bulletin Officiel de l’Éducation Nationale du 31 août 2000.
42 . Samnuel Huntington, Le choc des civilisations, Paris, Odile Jacob, 1997 (première édition américaine en 1996). La polémique avait de fait commencé plus tôt, en France y compris, suite à la publication de son article dans Foreign Affairs à l’été 1993.
43 . Plusieurs colloques ont déjà eu lieu sur ce thème, comme on peut le voir sur le site de l’Académie de Toulouse disponible sur http://pedagogie.ac-toulouse.fr/histgeo … sible.html (consulté le 2 juin 2011).
44 . Disponible sur http://lesrapports.ladocumentationfranc … 4/0000.pdf (consulté le 2 juin 2011). C’est Régis Debray qui souligne.
45 . Disponible sur http://www.education.gouv.fr/cid51320/mene1007258a.html (consulté le 2 juin 2011). Il s’agit du Bulletin officiel spécial no 4 du 29 avril 2010. Dans un remaniement tardif du programme, l’idée d’une interface interculturelle n’a pas totalement disparu. En effet, une rapide étude d’environ une heure doit permettre d’étudier le thème « de Constantinople à Istanbul : un lieu de contacts entre différentes cultures et religions (chrétiennes, musulmane, juive) ».
46 . « El Alcorán […] era ya un monumento de tolerancia […] » (« Le Coran […] était déjà un monument de tolérance […] »), Américo Castro, España en su historia…, op. cit., p. 199. Il ajoute plus loin que « La tolerancia española fue islámica y no cristiana ». (« La tolérance espagnole fut musulmane et non pas chrétienne »), ibid., p. 202.
47 . Voir Mark R. Cohen, Sous le croissant et la croix, Paris, Seuil, 2008 (1re édition en anglais en 1994).
48 . Heinrich Graetz, Histoire des Juifs, Paris, A. Lévy, 1888, t. III, p. 279.
49 . Voir par exemple Edward W. Saïd, L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Paris, Seuil, 1978 (1re édition en anglais la même année).
50 . Bernard Lewis, History : Remembered, Recovered, Invented, Princeton, Princeton University Press, 1975, p. 77 (cité par Mark R. Cohen, Sous le croissant et la croix, op. cit., p. 40, n. 6).
51 . Yitzhak Baer, Historia de los judios en la España cristiana, Madrid, Altalena, 1981 (1re en hébreu en 1945).
52 . John Tolan, « Une convivencia bien précaire… », art. cit., p. 387.
53 . Cité par Shmuel Trigano, « L’Espagne des trois religions : les dégâts dans l’Éducation Nationale », Controverses, no 9, 2008, p. 124-140, disponible sur http://www.controverses.fr/pdf/n9/trigano1-9.pdf (consulté le 2 juin 2011).
54 . Extrait de la revue sioniste New Palestine du 4 octobre 1946, cité par Mark R. Cohen, Sous le croissant et la croix, op. cit., p. 53-54.
55 . Bat Ye’or, The Dhimmî : Jews and Christians under Islam, Rutherford, Fairleigh Dickinson ­University Press / Londres, Associated University Presses, 1985, cité par Mark R. Cohen, Sous le croissant et la croix, op. cit., p. 57.
56 . Shmuel Trigano, « L’Espagne des trois religions… », art. cit., p. 138.
57 . David Bensoussan, L’Espagne des trois religions. Grandeur et décadence de la convivencia, Paris, L’Harmattan, 2007.
58 . Eva-Maria von Kemnitz, « David Bensoussan, L’Espagne des trois religions. Grandeur et décadence de la convivencia », Archives de sciences sociales des religions, no 144, 2008, disponible sur http://assr.revues.org/18653 (consulté le 2 juin 2011).
59 . « The claim of Islamic tolerance has more recently been taken up by Arabs and pro-Arab western writers, who blame Zionism for undermining the harmony of the past. The other side, responding to the first, is represented by Jewish and Zionist writers, who see Jewish life under Islam in the Middle Ages as utter suffering and disaster and assert that Arab antisemitism of the twentieth century is firmly rooted in a congenital, endemic Muslim/Arab Jew-hatred. Both claims, however, are based on historical myths ». Article en ligne disponible sur http://www.medievalists.net/2009/05/12/ … dle-ages/, p. 1 (consulté le 2 juin 2011).
60 . Voir les articles de ces différents auteurs dans Julio Valdeón Baruque (éd.), Cristianos, musulmanes y judíos en la España medieval. De la aceptación al rechazo, Valladolid, Ámbito, 2004.
61 . Julio Valdeón Baruque, « El siglo xiv : la quiebra de la convivencia entre las tres religiones », dans Julio Valdeón Baruque (éd.), Cristianos, musulmanes y judíos…, op. cit., p. 125.
62 . Vicente Cantarino, Entre monjes y musulmanes. El conflicto que fue España, Madrid, Alhambra, 1978.
63 . Voir le site de la Junta de Andalucía, disponible sur http://www.juntadeandalucia.es/ (consulté le 2 juin 2011) : « Promover los valores de convivencia y tolerancia que caracterizan a la civilización Andalusí, encontrándose entre sus fines el fomento de la cultura, la promoción del turismo y la dinamización de las estructuras socioeconómicas de Andalucía, a través del conocimiento de Al Andalus » (« promouvoir les valeurs de convivencia et de tolérance qui caractérisaient la civilisation andalouse, afin notamment de favoriser la culture, la promotion du tourisme et la dynamisation des structures économiques de l’Andalousie, grâce à la connaissance d’Al-Andalus »).
64 . Serafín Fanjul, La quimera de Al-Andalus, Madrid, Siglo xxi, 2004, p. 2.
65 . Ibid., p. 21.
66 . Mario Conde, « España, lugar de encuentro de las tres culturas », dans Horacio Santiago Otero (éd.), Dialogo filosófico-religioso entre cristianismo, judaísmo e islamismo durante la edad media en la península ibérica, Turnhout, Brepols, 1994, p. 477-484, cité par John Tolan, « Une convivencia bien précaire… », art. cit., p. 387, n. 7.
67 . Voir par exemple les articles en français et en anglais de Wikipedia disponibles sur http://en.wikipedia.org/wiki/La_Convivencia et http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Convivencia (consultés le 2 juin 2011).
68 . « Uncomfortable necessity […] », Chris Lowney, A Vanished World…, op. cit., p. 189.
69 . Thomas F. Glick, « Convivencia : an introductory note », art. cit., p. 1.
70 . Brian A. Catlos, « Contexto y conveniencia… », art. cit.
71 . Fabio López Lázaro, « The Lachrymose and Celebratory Discourses of al-Andalus in European and Islamic cultures », (non publié), cité par Kenneth Baxter Wolf, « Convivencia in Medieval Spain… », art. cit., p. 82.
72 . Mark D. Meyerson, The Muslims of Valencia…, op. cit.
73 . David Nirenberg, Violence et minorités au Moyen Âge, Paris, PUF, 2001.
74 . Ibid., p. 9.
https://journals.openedition.org/

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#13 22-10-2018 23:47:46

Pascal Nicolaides
@rmenaute

Re: Al Andalus, l'invention d'un mythe

La Convivencia en Al-Andalus , le mythe du "vivre ensemble"


https://fr.wikipedia.org/wiki/Convivencia

extrait;

(...)En espagnol, le terme de convivencia signifie littéralement « vivre avec l'autre »Note 1. Il suppose une plus grande proximité que coexistencia (coexistence), qui, à l'instar du français, peut impliquer une indifférence mutuelle des protagonistes. Dans tous les cas, et contrairement à son usage en anglais, le terme est utilisé de façon indépendante du contexte religieux, historique ou social. Dans les sources espagnoles, il est associé à la période qu'il décrit et, dans le contexte de la Reconquista, est souvent associé à — ou remplacé par — des termes plus précis comme tolérance, dialogue interreligieux voire, quittant le domaine religieux, celui de coexistence culturelle (« trois cultures »)1,Note 2.

Le terme « convivencia » pour décrire cette période apparaît d'abord sous la plume d'Américo Castro, dans son ouvrage fondamental, España en su Historia, Cristianos, moros y judíos  (1948), alors qu'il s'interroge sur l'essence de l'Espagne, la notion d'hispanité et l'avenir de son pays. Pour lui, la convivencia, qu'il traite de « maladie », n'est ni heureuse ni positive et implique des résistances, des tensions et des rejets ; elle est à la fois « source d'orgueil et handicap ». Le débat qui s'ensuit avec Claudio Sánchez-Albornoz participe à la diffusion du terme. À la chute du régime franquiste, le concept est abandonné en Espagne avec l'ensemble des thèses essentialistes. Celui-ci renaît aux États-Unis dans les années 1970 dans une perspective très différente : celle du multiculturalisme nord-américain2. Il est développé et critiqué par de nombreux auteurs dans le cadre d’un «  monde moderne toujours plus sensible aux relations tendues au sein d’une communauté mondiale multiethnique  [...] » et est alors « associé à une galaxie de termes anthropologisants (acculturation, symbiose, diffusion, emprunt) et flirtant parfois avec l’anachronisme (assimilation, intégration, colonisation, tolérance)3. » Utilisé dans un contexte très politique, il est utilisé plus spécifiquement pour décrire la coexistence pacifique des trois religions dans la péninsule ibérique durant la Reconquista, voire seulement dans l'Andalousie musulmane3, dans des termes relevant du mythe et de l'idéalisation.(...)

Dernière modification par Pascal Nicolaides (23-10-2018 00:01:21)

Hors ligne

 

#14 23-10-2018 09:19:52

Adic2010
@rmenaute

Re: Al Andalus, l'invention d'un mythe

samtilbian a écrit:

il faudrait que cet historien se penche sur "l'harmonie" qui régnait dans l'empire ottoman sous la férule du sultan.

empire ottoman qui n'a malheureusement pas connu le Reconquista par la faute de la rivalité entre les francs et Byzance

https://www.persee.fr/renderIssueCoverThumbnail/ahess_0395-2649_1980_num_35_3.jpg . Ce n'est pas récent que la présentation (mythique ?) du MYTHE DE L'ANDALOUSIE (et de son propre mirroir) a été entreprise. Cela contribuait en effet à une meilleure image de marque de "l'harmonie" qui régnait dans l'empire ottoman sous la férule du sultan.

L'islam et les non-musulmans, Bernard LEWIS. ANNALES,  Année 1980  35-3-4  pp. 784-800

PS - Nassib Samir El-Husseini, historien né au Liban a publié un livre à Montreal : "L' Occident imaginaire. La vision de l'Autre dans la conscience politique arabe".Presses universitaires du Québec 1998

où il montre comment Bernard Lewis fait de la distorsion sur l'Andalousie / à transcrire le paragraphe / page.46

#365

Dernière modification par Adic2010 (23-10-2018 10:23:40)


http://www.globalarmenianheritage-adic.fr/flags/turquie.JPG RUBRIQUE #85 . ANKARA~DIYANET~COJEP~PEJ ottomanisant-kémalisant L'ISLAM DE FRANCE ??

PENSONS À L'INFORMATION ARMÉNO-HISTORICO-CULTURELLE FRANCO-CITOYENNE FACE AUX RÉSEAUX TURCO-NÉGATIONNISTES EN FRANCE.

En ligne

 

#15 23-10-2018 11:16:33

Pascal Nicolaides
@rmenaute

Re: Al Andalus, l'invention d'un mythe

https://www.nytimes.com/2003/09/27/arts … erant.html

https://www.theaustralian.com.au/arts/r … 1540285696

https://fountainmagazine.com/2013/issue … -july-2013

Tradeuction de l'article du New-York Times:

L'islam de la vieille Espagne était-il vraiment tolérant?
Par EDWARD ROTHSTEIN SEPT. 27 2003

Un distributeur de limonade glacée se trouve près de la porte du bâtiment récemment blanchi à la chaux. L'hospitalité des visiteurs estivaux se rend à la première mosquée construite à Grenade en plus de 500 ans.

Mais une autre image se profile au-dessus du jardin fraîchement planté, qui semble trembler sous la chaleur d'une fournaise: l'Alhambra, une forteresse musulmane du XIVe siècle en pierre rouge qui est tout ce que cette mosquée n'est pas: ancienne, monumentale, marquée par la bataille. Cela semble à la fois un rappel des gloires perdues et un stimulant pour leur restauration.

Cela peut aussi inspirer des sentiments plus sombres. Car c'est de la tour de guet de l'Alhambra que les vainqueurs chrétiens ont déployé leur drapeau en 1492, marquant la fin de près de huit siècles de domination islamique en Espagne. Moins d'une décennie plus tard, les conversions forcées de musulmans ont commencé; en 1609, ils étaient expulsés.

Ce royaume musulman perdu - la région méridionale de l'Espagne appelée al-Andalus et encore appelée Andalousie - occupe désormais une place bien plus importante que le jardin de la nouvelle mosquée. Et les variations du "dernier soupir du maure" - le soupir que le dernier dirigeant de l'Alhambra aurait soi-disant donné en regardant en arrière - abondaient.

Pour les islamistes radicaux, la note clé est la vengeance: dans une des émissions post-11 septembre d'Oussama ben Laden, son député a invoqué "la tragédie d'al-Andalus". Pour l'Espagne, qui détruit les cellules terroristes islamiques tout en accueillant Minorité musulmane (un peu plus de 1% des 40 millions de citoyens espagnols), la note aspirant est la réconciliation.

Continuer la lecture de l'histoire principale
Les soupirs ont également inclus un utopisme rétrospectif. L’Espagne islamique a été saluée pour sa "convivencia" - son esprit de tolérance dans lequel Juifs, Chrétiens et Musulmans ont créé une renaissance prémoderne. Córdoba, au 10ème siècle, était un centre de commerce et d’érudition. L'arabe était un intermédiaire entre la connaissance classique et la science et la philosophie occidentales naissantes. L'esprit andalou œcuménique a même été invoqué lors de la cérémonie d'ouverture de la nouvelle mosquée cet été.

Cet héritage, cependant, peut être difficile à définir. Même à la mosquée, la façade de la libéralité a cédé le pas: lors de sa conférence sur "l'Islam en Europe", un orateur a loué al-Andalus non pour son ouverture mais pour son fondamentalisme rigoureux. Des vues similaires faisaient-elles également partie du passé andalou?

L'impulsion à idéaliser est forte. Si l’Andalousie avait vraiment été une société éclairée combinant croyance religieuse, humanisme et art, elle fournirait alors un modèle extraordinaire, offrant la preuve des possibilités islamiques désormais éclipsées, tout en suscitant de nouvelles conceptions de l’Occident. En Espagne, cette image idéalisée a même été institutionnalisée. À Córdoba, une forteresse maure abrite le musée des trois cultures. La narration audio disait autrefois: «L’Est n’était pas séparé de l’Occident, ni le musulman ni le juif ni le chrétien»; Ce temps offre, poursuit-il, un "" message éternel plus pertinent que jamais auparavant ". Dans une salle, des statues qui incluent le sage juif Maimonides du XIIe siècle; son contemporain islamique l'aristotélicien Averroès;

Un livre plus académique est proposé dans '' L'ornement du monde: Comment les musulmans, les juifs et les chrétiens ont créé une culture de la tolérance dans l'Espagne médiévale, '' (Little, Brown, 2002) de Maria Rosa Menocal, professeure d'espagnol et de portugais à l'Université de Yale. Mme Menocal affirme que la culture andalouse était «enracinée dans le pluralisme et façonnée par la tolérance religieuse», en particulier à son apogée - une période allant du milieu du VIIIe siècle jusqu'à la chute de la dynastie des Omeyyades en 1031. Elle a été minée. , soutient-elle, par fondamentalisme catholique et islamique.

Mais comme de nombreux érudits l'ont soutenu, cette image est déformée. Même la dynastie des Omeyyades, commencée par Abd al-Rahman en 756, était loin d'être éclairée. Les questions de succession étaient souvent réglées par la force. Un dirigeant a assassiné deux fils et deux frères. Les soulèvements de 805 et 818 à Córdoba ont donné lieu à des exécutions massives et à la destruction d'une des banlieues de la ville. Les guerres ont été accompagnées de pillage, d'enlèvements et de rançons. Cordoue elle-même a finalement été renvoyée par les Berbères musulmans en 1013, sa bibliothèque d'époque détruite.

La gouvernance andalouse était également basée sur un modèle tribal religieux. Les chrétiens et les juifs, qui partageaient le passé abrahamique de l'islam, avaient le statut de minorité dhimmis ou étrangère. Ils se sont élevés mais sont restés des citoyens de deuxième classe; Un texte juridique du 11ème siècle les appelait membres du "parti du diable". Ils étaient soumis à des taxes spéciales et, souvent, à des codes vestimentaires. La violence a également éclaté, notamment un massacre de milliers de Juifs à la Grenade en 1066 et l'exil forcé de nombreux chrétiens en 1126.

En fait, tout au long de l’histoire andalouse, tant sous l’islam que sous le christianisme, l’identité religieuse a été scrupuleusement scrutée. Il y avait des termes pour un chrétien vivant sous l'autorité arabe (mozarab), un musulman vivant sous l'autorité chrétienne (mudéjar), un chrétien converti à l'islam (muladi), un juif converti au christianisme (converso), un juif converti mais resté un juif secret (marrano) et un musulman converti au christianisme (morisco).

Même au 10ème siècle des Omeyyades, les philosophes islamiques ont été persécutés et des livres incendiés. Et malgré le message du musée de Córdoba, Maimonides et sa famille ont fui le fondamentalisme musulman à Córdoba en 1148, alors qu'il était à peine adolescent. Averroès fut banni de Cordoue environ 50 ans plus tard. La tolérance a peut-être laissé moins de traces culturelles que l'intolérance: l'historien Joel L. Kraemer a suggéré qu'en Andalousie, un sentiment de précarité inspirait le mysticisme, les enseignements ésotériques et une «dissimulation prudente» devant les supérieurs islamiques.

Et quid des échanges culturels andalous? Mme Menocal cite la manière dont les styles islamiques apparaissent dans les synagogues espagnoles (une à Tolède, même avec des inscriptions coraniques) et dans le palais chrétien du XIVe siècle, le Real Alacazar à Séville. Mais loin de présenter une convivialité, ces ressemblances témoignent du pouvoir d’une culture aussi dominante que la culture populaire américaine: elle est imitée même si elle s’y oppose.

Rien de tout cela ne réduit toutefois l’impulsion à idéaliser l’Andalousie. Une des raisons peut être que cela semble si bon compte tenu de ce qui a suivi. Dans les pogroms de 1391 en Espagne chrétienne, par exemple, environ 100 000 juifs ont été tués, 100 000 convertis et 100 000 forcés de fuir - prélude à l'expulsion de tous les juifs en 1492 et à l'expulsion de tous les musulmans au XVIIe siècle. En comparaison, beaucoup de sociétés pourraient ressembler au paradis.

Mais il y avait aussi quelque chose d'étonnant intrinsèquement dans la culture andalouse. Un visiteur ressent cela instantanément dans ses bâtiments survivants. Eux aussi invitent à l'idéalisation, mais leur pouvoir a peu à voir avec les notions de tolérance ou de libéralité.

Dans la grande mosquée de Córdoba, par exemple, qui a débuté au VIIIe siècle, les effets géométriques sont à couper le souffle. Des matrices en cascade de pierre cintrée, qui jadis encadraient des milliers de fidèles, dirigent les yeux vers les bords toujours en recul de l'espace perceptible. Les styles islamiques ultérieurs conservent ce sentiment de clôture et de complexité: une ornementation en filigrane entoure les arches et les fenêtres, façonnant le monde intérieur autant que le cadre du monde extérieur.

Mais ces variétés de style islamique, loin de refléter une vision humaniste, suggèrent un monde régi par les rigueurs de l'intellect et les règles du droit. Ce monde, que ce soit dans une mosquée ou dans un palais, suppose la soumission et déclare la maîtrise. Il séduit également car, dans ses limites, l'ornementation ludique et la spéculation prennent leur envol.

Mais l'individu n'est pas le centre d'attention. La position ou le statut de la personne est. C'est assez différent de l'idéal humain si souvent attaché au nom de l'Andalousie. Le résultat n'est pas une version de la tolérance, même si au mieux, il peut offrir une version du sublime. Le spectateur est absorbé par un monde formel qui déborde de sensations fortes, inspirant la crainte des complexités qui semblent au-delà de la compréhension.

L'Alhambra est un monument au sublime andalou. C'est un paradis à piliers, apaisé par le murmure des fontaines. La salle du trône, éblouissante de mosaïques de soleil et de filigrane, est couronnée d'un modèle en bois des cieux islamiques.

Mais l'Alhambra n'est guère un modèle pour les aspirations contemporaines. Cela n'encadre pas le monde; ça le divise. C’est à la fois une forteresse et un palais, poussant vers l’extérieur un visage sinistre et interdit et une physionomie ornée vers l’intérieur. Sa façade agressive et son intérieur précieux sont irréconciliables. C'était la dernière redoute musulmane dans un royaume chrétien, une incarnation du dernier soupir du maure.

Et lorsque ce monument aux rêves grandioses et vastes d'une culture et à sa quête de pureté réflexive a finalement disparu, les chrétiens ont compris le message à leur manière. En 1492, année de sa chute, la reine Isabella et le roi Ferdinand se sont réunis triomphalement dans les salles de l'Alhambra, où ils se sont engagés à l'expansion et à l'exorcisme: ils ont renvoyé Columbus lors de son voyage et expulsé les Juifs d'Espagne. Les soupirs et les satisfactions qui en résultent sont toujours en cours de résolution.

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#16 24-10-2018 10:51:20

Adic2010
@rmenaute

Re: Al Andalus, l'invention d'un mythe

https://www.babelio.com/couv/cvt_LOCCIDENT-IMAGINAIRE--LA-VISION-DE-LAUTRE-DS-LA_5620.jpeg . https://www.actualites.uqam.ca/sites/default/files/site/default/upload/2013/2713_archive.jpg . Le livre Nassib Samir El-Husseini, historien né au Liban a publié un livre à Montreal : "L' Occident imaginaire. La vision de l'Autre dans la conscience politique arabe".Presses universitaires du Québec 1998.

Suite au message #14 plus haut, on peut lire à la page p.46 une info intéressante concernant le regard orientaliste de Bernard Lewis sur Al-Andalus. Je transcrirai gamats-gamats le paragraphe concerné. Merci de votre patience. Nil.
#415

Dernière modification par Adic2010 (24-10-2018 10:51:49)


http://www.globalarmenianheritage-adic.fr/flags/turquie.JPG RUBRIQUE #85 . ANKARA~DIYANET~COJEP~PEJ ottomanisant-kémalisant L'ISLAM DE FRANCE ??

PENSONS À L'INFORMATION ARMÉNO-HISTORICO-CULTURELLE FRANCO-CITOYENNE FACE AUX RÉSEAUX TURCO-NÉGATIONNISTES EN FRANCE.

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#17 24-10-2018 11:10:13

Pascal Nicolaides
@rmenaute

Re: Al Andalus, l'invention d'un mythe

On trouvera une référence à ce célèbre Bernard Lewis ( le négationniste du GA)

http://www.lescrutateur.com/article-le- … 97352.html

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#18 24-10-2018 20:26:47

Adic2010
@rmenaute

Re: Al Andalus, l'invention d'un mythe

Pascal Nicolaides a écrit:

Ce post n'est pas à la place qui convient ! Il faudrait le placer dans le Forum "Le Monde Arménien" dans la rubrique" histoire" ou dans la rubrique "culture"...La présence d'Arméniens en Espagne lors de la période d'Al-Andalus ne concerne pas le sujet de départ qui est: Y a-t-il un"mythe d'Al-Andalus"  quant à cette période de domination arabo-musulmane de l'Espagne?]Et voila ...Comme toujours avec la stratégie qui vous est coutumière vous déviez le sujet: la question ne porte pas sur la présence d'Arméniens en Andalousie mais la problématique porte sur le fait de savoir si la "co-existence", la conviencia, des trois religions monothéistes dans la période de l'occupation de l'Espagne par les Maures fut réellement pacifique, une période de Lumières.  Certains auteurs, plus qualifiés que vous , émettent un doute à ce sujet et parlent d'un "mythe".

Naturellement comme ça ne vous arrange pas- eu égard à votre cheval de bataille , le "vivre enbsemble islamo-chrétien",vous
bottez en touche en nous parlant de personnalités arméniennes ayant vécu à cette période en ANdalousie. C a ne correspond ^pas du tout au sujet de départ dont il est question.

http://www.lescrutateur.com/article-le- … 97352.html

(...)Les communautés chrétiennes et juives furent tolérées en échange de tributs, raison pour laquelle la population d’ Al-Andalus fut un tel mélange de races et de croyances.(...)

Pascal Nicolaides a écrit:

Ce post n'est pas à la place qui convient ! Il faudrait le placer dans le Forum "Le Monde Arménien" dans la rubrique" histoire" ou dans la rubrique "culture"...La présence d'Arméniens en Espagne lors de la période d'Al-Andalus ne concerne pas le sujet de départ qui est: Y a-t-il un"mythe d'Al-Andalus"  quant à cette période de domination arabo-musulmane de l'Espagne?

Pascal Nicolaides a écrit:

On peut voir dans les messages précédents que l'Internaute ADIC 2010 expert en dilution verbale cherche à faire croire que je ne donne pas la place qu'elle mérite aux témoignages, documents divers arméniens  qu'il nous envoie et qu,i bien que très intéressants N'ONT PAS  PLACE dans la discussion sur la réalité (ou le mythe) d'Al-Andalous.

Et comme toujours il essaie de noyer le poisson en ajoutant posts sur posts accompagnés d'ajouts divers et variés mais toujours sans être DANS le sujet.

Enfin je crois qu'il faut se faire une raison :l'Internaute ADIC 2010 continuera contre vents et marées...On n'en peut plus et c'est la cause du départ de ces forums de bon nombre de participants '- pas tous fachos-islamophobes et autres ...

Dzo, al gue pavè !

Pascal Nicolaides a écrit:

Et ça continue : pfffff ! Incurable ...

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#467

Dernière modification par Adic2010 (24-10-2018 22:51:11)


http://www.globalarmenianheritage-adic.fr/flags/turquie.JPG RUBRIQUE #85 . ANKARA~DIYANET~COJEP~PEJ ottomanisant-kémalisant L'ISLAM DE FRANCE ??

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#19 24-10-2018 22:36:05

Pascal Nicolaides
@rmenaute

Re: Al Andalus, l'invention d'un mythe

Et ça continue : pfffff ! Incurable ...

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#20 24-10-2018 22:44:58

Adic2010
@rmenaute

Re: Al Andalus, l'invention d'un mythe

Pascal Nicolaides a écrit:

- Al-Andalus, l’invention d’un mythe », de Serafin Fanjul, Camille Galic, POLEMIA, 10/12/2017 ;

- Wikipedia de Sérafin Fanjul ;

- Le mythe de la convivencia : Chrétiens, juifs et musulmans dans l’Espagne médiévale, Terre promise, 19 juillet 2018 ;

- Wikipedia de Convivencia ;

- L'islam de la vieille Espagne était-il vraiment tolérant?, EDWARD ROTHSTEIN SEPT. 27 2003 ;

- Spain in Middle Ages no paradise for Christians, Jews, women, PAUL MONK, JULY 9, 2016 ;

- The Convivencia in Islamic Spain, Sarah-Mae Thomas, July - August 2013 ;

- Al-Andalus, l’Andalousie musulmane dans sa réalité, Clémence Hélou Matar, "Comprendre l’Islam et construire une humanité fraternelle et spécifique", Paris, Cariscript, 2010

- Chrétiens, Juifs et Musulmans en Espagne : le mythe de la tolérance religieuse (VIIIe-XVe siècle), Joseph Perez dans mensuel 137 daté octobre 1990

Le mythe de l'Espagne musulmane. ( Le mythe d'Al Andalus), 11 Septembre 2012 par Edouard Boulogne

- Chrétiens, juifs et musulmans dans Al-Andalus, mythes et réalités, de Dario Fernandez-Morera,  préface de Rémi Brague, de l'Institut, Ed. Cyrille Godefroy

- Le mythe d’Al-Andalous et de la supériorité de la science arabo-musulmane: carburants du totalitarisme islamiste, Alexandre del Valle, March 5, 2017, Atlantico

- Andalus, la fin d'un mythe interreligieux?, Marie-Lucile KUBACKI, publié dans LA VIE, le 18/10/2013

- La revanche des vieux conflits (2/4) : Al Andalus, idéal de tolérance ou rêve de conquête guerrière, émission préparée par Marguerite Catton

- Al-Andalus, l’Andalousie musulmane dans sa réalité, juifs et chrétiens, et statut de « dhimmi », Clémence Hélou Matar, "Comprendre l’Islam et construire une humanité fraternelle et spécifique", Paris, Cariscript, 2010

#490

Dernière modification par Adic2010 (28-10-2018 23:26:36)


http://www.globalarmenianheritage-adic.fr/flags/turquie.JPG RUBRIQUE #85 . ANKARA~DIYANET~COJEP~PEJ ottomanisant-kémalisant L'ISLAM DE FRANCE ??

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#21 25-10-2018 10:40:57

Pascal Nicolaides
@rmenaute

Re: Al Andalus, l'invention d'un mythe

Pourriez-vous cesser de "troller" systématiquement tous les posts qui ne partagent pas votre point de vue dans l'unique but de remplir des pages et des pages inutiles et stériles ? Merci

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#22 25-10-2018 12:13:54

Adic2010
@rmenaute

Re: Al Andalus, l'invention d'un mythe

Pascal Nicolaides a écrit:

Précision à l'attention de l'Internaute ADIC2010: 

JE NE SUIS PAS VOTRE AMI (heureusement !) Nous n'avons pas les mêmes valeurs !

Manuel  Valls / Nous n’avons pas les mêmes valeurs ! / Communiqué Solidaires / Publié le lundi 28 septembre 2013

PS - Rappel : l'expression 'islamo-fascisme' a eu sa promotion en France par Manuel Valls... et qui occasiona une discussion dans notre forum.   roll
#525

Dernière modification par Adic2010 (25-10-2018 12:55:04)


http://www.globalarmenianheritage-adic.fr/flags/turquie.JPG RUBRIQUE #85 . ANKARA~DIYANET~COJEP~PEJ ottomanisant-kémalisant L'ISLAM DE FRANCE ??

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#23 25-10-2018 13:30:10

Pascal Nicolaides
@rmenaute

Re: Al Andalus, l'invention d'un mythe

Et allez ! le Troll ADIC 2010 en remet une couche...Il ne supporte aucune contradiction: après l'orthographe stalinienne voici le retour des procès staliniens avec leurs lots de délations...Chassez le naturel...

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#24 25-10-2018 16:30:40

MARZEVAN
@rmenaute
Réputation :   36 

Re: Al Andalus, l'invention d'un mythe

Un troller: (source linternaute.fr) Personne qui poste des messages tendancieux sur les forums internet afin d'alimenter les polémiques.

(source Sebsauvage.net) : Le troll inconscient de ses actes de trollerie est généralement un débutant qui ne connaît les us et coutumes des forums et qui n'a pas même pris la peine de faire un minimum de recherche pour trouver la réponse, ne serait-ce que sur Google. Il convient de renvoyer gentiment - mais fermement - le troll aux moteurs de recherche, aux FAQ et autres chartes adéquates.

J'ai fait un effort, je suis même allé sur un des liens que propose Adic 2010 et je n'ai trouvé aucun rapport sur le sujet du fil de discussion on ne saurait que trop le conseiller de prendre la peine de faire un minimum de recherche pour trouver la réponse et d'engager de véritables discussions constructives.

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#25 25-10-2018 16:37:07

MARZEVAN
@rmenaute
Réputation :   36 

Re: Al Andalus, l'invention d'un mythe

"- Al-Andalus, l’Andalousie musulmane dans sa réalité, Clémence Hélou Matar, "Comprendre l’Islam et construire une humanité fraternelle et spécifique", Paris, Cariscript, 2010".

C'est un coup monté ? Avons nous besoin de tant de prosélytisme ? Alors que le prosélytisme de missionnaire est totalement interdit dans les pays dans lesquels la religion musulmane est religion d'état ?

Oui on peut comprendre l'Islam ou tout du moins essayer sans tomber dans le sectarisme et l'obscurantisme qu'engendre cette religion.

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