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#1 25-11-2008 12:54:23

JP
@rmenaute
Réputation :   74 

Réponse à Sarafian.

On discute beaucoup en ce moment pour jeter les prémices d?une solution finale au problème arméno-turc. Seulement, voilà, s?agit-il d?un problème arméno-turc ou plutôt d?un problème turc d?une part et d?un problème arménien d?autre part ? Autrement dit, on jetterait dans la marmite des ingrédients ne relevant pas forcément du même univers. Quel plat cuisiné nous mitonnera -t-on en coulisse ? Quelque chose d?indigeste, sans doute ?

Cela risque fort de l?être, si l?on écartait par je ne sais quel a priori un acteur élémentaire : l?être diasporique issu en droit fil de parents rescapés du génocide. Je ne pense pas que les négociations d?état à état, au cours desquelles les intérêts économiques vont prendre inévitablement le dessus, du moins d?abord dans les esprits, puissent en finir avec les aspects symboliques qui gisent toujours sous forme latente. 

Faire du commerce avec ses voisins est une chose, régler un double problème psychanalytique en est une autre. Car notre affaire à tous ne se limite pas à une statistique d?historiens,  dont quelques-uns riment avec bons à rien. Cette affaire relève de tout autre chose, de l?ordre du complexe et du mensonge comme mécanisme de défense.

On parle souvent, si ce n?est toujours, de la question arménienne. Ne devrait-on pas au contraire insister sur la question turque ? Car, enfin, le problème n?est-il pas contenu tout entier dans cette fausse nation malade d?elle-même ? Le ministre turc de la défense nous l?a encore récemment rappelé, du moins a-t-il cru bon de le faire, entrainé dans cette folie ordinaire qui encourage sans aucune retenue le crime d?autrui et qui semble l?habiter le plus naturellement du monde.

N?est-ce pas là le signe même d?une folie ordinaire, institutionnalisée, obligatoire, qui imprime sa marque à la personnalité de base ? Comment expliquer, autrement que par un pathos de l?imaginaire, le fait que plusieurs dizaines de millions de Turcs auraient peur d?être envahis par 3 millions d?Arméniens, quand on sait l?arrogance guerrière qu?affiche Ankara ?

Dès lors puis-je admettre que cette folie s?impose à la table des négociations, s?impose non seulement à la raison, mais aussi au coeur, exigeant la reconnaissance de sa perversité comme postulat indiscutable ? Certes pas. Il convient au contraire d?en débattre, d?exiger que celui qui vient négocier soit au moins sain d?esprit et ne cache pas derrière des mots sucrés  une irrésistible pulsion d?extermination. Ne serait-ce pas là un préalable ?

Au lieu de cela, à quoi risquerons-nous d?assister ? à un dialogue de fous, sans aucun doute, si la raison réconciliatrice admet de telles bases. Le Turc qui viendra se réconcilier avec l?Arménité doit être amour, pour reprendre une image chrétienne. Qu?avons-nous à faire d?une porte qui s?ouvrirait une fois encore sur notre négation réitérable ? Je vous le demande.

De leur côté, les affairistes passeront outre, nous le savons déjà. Ne serait-il pas temps, en usant d?une image facile, de chasser les marchands du Temple et de ramener tout le monde à la raison avant qu?il ne soit trop tard ?

Il faut également en finir avec cette image aussi facile qu?utile au négationnisme, celle nous poser en perpétuelles victimes en précisant aussitôt qu?il s?agit là d?un pathos diasporique. Nous ne sommes pas victimes, mais des descendants de victimes, ce qui n?est pas la même chose, et à se titre il nous fut nécessaire et à garnds efforts personnels et collectifs de nous reconstruire entièrement, tant sur le plan social que psychologique. Aujourd?hui, ce travail de reconstruction est quasi achevé, au contraire de l?identité turque qui n?en finit pas avec elle-même. D?où cette question, faut-il négocier l?avenir avec un malade au bord de la rechute ? Je n?en suis pas convaincu.

Je le serai lorsque le discours turc aura changé de contenu sémantique, aura rejeté les acquis guerriers ottomans et kémalismes, se sera extirpé d?un islamiste totalitaire. Bref, lorsque le discours turc se sera entièrement renouvellé dans une république moderne, en un mot Anatolienne, ne laissant personne au ban. Alors, la porte ouverte le sera sans aucun doute sur celle d?une amitié sincère, non sur un bluff qu?on voudrait réconciliateur pour mieux nous tromper demain.

Aujord?hui, c?est à la Turquie de soigner ses états d?âme, de produire d?abord des gens raisonnables, avant de négocier quoi que ce soit avec la Diaspora comme avec l?Arménie. Cela prendra du temps. Nous savons attendre sans en faire une maladie. Nous avons assez entendu ces discours diasporiques nous reprochant des complexes qu?ordinairement le négationnisme turc nous prête bien volontiers afin d?assoir confortablement son discours.

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#2 25-11-2008 22:48:47

Louise Kiffer
@rmenaute
Réputation :   24 

Re: Réponse à Sarafian.

Vous faites sans doute allusion à l'article des NAM de ce jour qui disait bien: "aurait" déclaré Ara Sarafian.
Stéphane a bien fait de mettre le conditionnel, car j'ai lu ce soir une lettre d'une collègue de l'Université qui
disait que Hurriyet  (selon son habitude) avait complètement déformé les paroles de Ara Sarafian.
A l'occasion, je retrouverai sa lettre, ou peut-être aurais-je demain une mise au point de Ara Sarafian.

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#3 26-11-2008 09:33:14

JP
@rmenaute
Réputation :   74 

Re: Réponse à Sarafian.

Exactement Louise. Mais, peu importe la source puisqu?il s?agit de pointer une problématique qui ne s?accommodera pas des petits arrangements dont sont coutumiers nos grands stratèges. En parcourant les informations, je tombe ce matin sur un article mentionné par le Collectif Van : Sondage U.E : les Turcs les moins sains mentalement.

Contrairement à ce que pensait  Hrant Dink, la maladie des Arméniens n?est pas celle des Turcs. C?est un mythe savamment entretenu aujourd?hui par les proTurcs pour ne pas avoir à fustiger encore et encore les Turcs.

Si au lendemain du génocide, le morcellement de la société arménienne était immense, cette même société s?est reconstruite non sans peine en gardant le souvenir intact de la catastrophe génocidaire. Cette mémoire est dérangeante pour une certaine Turquie qui perdure dans l?idéologie de l?extermination systématique des différences et du voisinage. Condamnée à se phagocyter en tant qu?état- nation, la Turquie n?en finit pas de s?ne prendre aux autres pour justifier l?injustifiable.

Il convient donc pointer cette figure du négationnisme en conseillant au grand malade de l?Europe d?aller se faire soigner ailleurs.

Le sondage a révélé que la Turquie est la nation la "moins saine mentalement" en Europe, et a également découvert que la population de cette nation est l?une des moins heureuses en Europe. Ce n?est pas moi qui le dis, mais je le relève volontiers parce que justement c?est ce qui transpire des déclarations turques dont la problématique sous-jacente cache mal le malaise et le mécanisme de défense.

La Turquie est aussi tombée dans les rangs les plus bas dans la catégorie "Satisfaction de vie". Voilà un résultat se situant aux antipodes du discours officiel sur le paradis turc, ce berceau de toutes les tolérances entre les civilisations et les religions.

L?étude examine également les niveaux de santé mentale dans les 31 pays et elle a déterminé que les Turcs sont le peuple le moins sain mentalement en Europe. On le pensait, voilà qui est confirmé. Nous sommes là dans le registre de la psychiatrie sociale. J?ai parfois parlé de personnalité de base, vieux concept de la psychiatrie sociale et surtout de l?ethnopsychiatrie. Nous y sommes. 

Le grand dommage dans cette affaire réside dans le fait que les Turcs ont pleinement confiance dans leur état et institution. Or, tant qu?il en sera ainsi, aucun changement n?est à espérer, puisqu?il faut un minimum de critiques pour que les faits bougent, pour que l?état cesse son endoctrinement politique et religieux, cessent les discriminations. 

Les Turcs agissent comme des somnambules illuminés par leur propre grandeur auto déclarée. Il ya quelque temps, j?avais posé une notion opératoire, celle d?ethnophagie, pour expliquer ce rapport aux autres et à soi. Pour exister en tant que grande nation civilisatrice (que l?on regarde actuellement toutes les prétentions turques à vouloir servir de médiateurs dans tous les conflits) les Turcs n?ont de cesse de s?emparer des ?uvres de civilisations des autres pour définir la leur et même tenter de se faire passer pour des Indo-européens afin d?entre de plain-pied en Europe (sur un mode conquérant va s?en dire). Cette attitude comporte une négation de soi, ce dont souffre justement la personnalité de base turque.

Bref, la Turquie n?est pas saine, et elle commence à s?en rendre compte. La période à venir sera douloureuse non seulement pour la Turquie, mais aussi risque de l?être pour le voisinage, entendons entre autres le Kusdistan, bien placé pour subir le second sacrifice fondateur de nouvelle république turque et européenne.

Dans ce contexte que valent les négociations avec ce grand malade ? En toute vraisemblance, pas grand-chose qui ne soit sincère.

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